Aussi à l’aise sur un deux-roues que les hommes, Aline, jeune fille native du nord du Burundi, a osé défier le regard de la société et faire de la moto son gagne-pain.

Casquette sur la tête, tee-shirt jaune, short ample. Tout y est pour donner l’illusion d’un jeune motard quelconque. L’illusion serait parfaite si ce n’est le visage aux traits fins, et le sourire en coin, tout ce qu’il y a de plus féminin. Une féminité qu’Aline accepte, mais qu’elle ne brandit pas comme un faire-valoir. « Je suis une fille. Ce n’est ni un handicap, ni un atout, je suis d’abord une personne », tranche-t-elle.

Ses abords rustres peuvent dérouter. Pourtant, sous ses airs de garçon manqué se cache une mère-poule, aux petits soins avec son fils de cinq ans. « Je l’ai eu par accident », explique-t-elle en souriant, avant de se reprendre : « Mais il n’est pas un accident, et je ferais tout pour lui », confie-t-elle, des étoiles dans les yeux.
Pratiquement tout donc. Comme être la seule femme motarde de la ville de Kirundo, et de pratiquement tout le pays. Mais qu’elle sorte du lot, Aline n’en tient guère compte : « J’y pense rarement. »

La moto, une passion

Aline Ndihokubwayo a vingt-deux ans, mais elle aura conduit sa première moto à douze ans. « J’avais un voisin mécanicien à qui j’ai supplié de m’apprendre à conduire, car mon père possédait une moto», évoque-t-elle.
Donc, lorsque le papa était sorti, avec l’aide du jeune mécanicien, ils dérobaient le bicycle et allaient faire des tours.

La motarde de Kirundo avec un de ses clients ©Jimbere

Le vent dans la figure fut une sensation grisante, et devint une drogue pour cette jeune femme très sobre de nature.
« À l’avènement du transport commercial à moto, il m’arrivait de payer une course à un motard et je lui demandais la permission de le conduire », se rappelle-t-elle.

Quelques temps après, les bécanes n’avaient plus de secret pour la jeune femme. « Il faudrait la regarder faire vrombir et chevaucher sa monture, c’est une cheffe », apprécie Alain, un jeune enseignant de Kirundo. Il n’est pas le seul à la regarder d’un œil admiratif. Ce qui avait poussé un jeune motard à lui proposer un boulot à temps partiel sur sa moto, il y a une année. Aline ne se fit pas prier. Elle avait aussi de bonnes raisons d’accepter.

La vie n’est pas facile, même pour les filles de caractère

Wakera (l’ancienne), comme on la surnomme au centre de Kirundo, n’a pas eu une enfance heureuse. Elle a perdu sa mère très jeune, et son père se remariera avec une femme qui mènera la vie dure à la jeune fille. Elle déménage de chez elle à dix-huit ans, et tombe enceinte dans la foulée. Sur cet événement, Aline ne dit pas grand-chose. Elle va donc vivre chez sa tante.

Gagner de l’argent devient alors une question de vie ou de mort. Après la proposition d’un jeune motard, et elle se cherche un permis, qu’elle obtient en même temps qu’un travail à temps plein. Considérée d’abord comme un spectacle amusant, la roue tourne rapidement en sa faveur. Les clients font presque la queue. Elle donne son numéro plusieurs fois par jour, principalement des filles, qui se sentent moins envahies avec elle. Grâce à son travail, la jeune femme finit par déménager, se prend une bonne, et paie les frais de scolarité de son fils.

Malheureusement, depuis quelques temps, les séquelles de son travail lui mettent des bâtons dans les roues: « J’ai déjà fait deux passages chez le docteur pour mes poumons, qui sont devenus fragiles à cause des coups de froid répétitifs », regrette-t-elle. Mais baisser les bras n’est pas dans le lexique de la jeune femme. Elle a déjà appris à conduire des voitures, et se cherche actuellement un permis pour être chauffeur. Une alternative qu’elle considère comme une porte vers un avenir meilleur, pour elle et son fils.

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