Elles sont plusieurs à exercer le plus vieux métier du monde après la case « domestique ». Une devise : « Vaut mieux passer la vie sous les hommes que retourner changer les langes des bébés ».

Elles ont unanimes. Annick, Émelyne, Evelyne, trois filles de joie rencontrées à Buyenzi. Toutes soutiennent que la prostitution rapporte beaucoup plus qu’être domestique. « Les bons jours, je peux gagner jusqu’à 40.000 Fbu. Et vous me parlez de ces misérables 20.000 Fbu mensuels ?» s’exclame Annick.

Une des grandes raisons qui maintiennent la plupart de ces jeunes femmes dans cette condition, malgré le mépris, les maladies, les mauvais traitements, l’incertitude qui les guettent à chaque tournant. « Ce n’est pas le paradis je l’admets, mais c’est mieux que là d’où on vient », affirme Emelyne.

Les enfers ne se ressemblent pas

« La vie de bonne est un calvaire », une autre chose sur laquelle les trois jeunes femmes sont d’accord. D’ailleurs, elles partagent les mêmes expériences, à quelques différences près. Presque toutes ont quitté le toit parental sans l’approbation des parents et sous l’influence d’une amie. Classique.

Annick est venue de Ruyigi pour travailler comme domestique. Maltraitée, emprisonnée une fois, puis chassée, une amie va lui suggérer un autre boulot, en la voyant dans la rue. « Voilà comment j’ai embrassé cette glorieuse carrière », tente-t-elle de plaisanter. Quant à Emelyne et Evelyne, les deux ont été renvoyées de leur travail à cause de grossesses précoces. Ne pouvant pas retourner chez elles, elles sont tombées elles aussi sur une « amie » qui les a embarquées dans le métier.

Le rêve de ces trois jeunes filles est de se trouver soit sur un homme qui les entretient, soit quelqu’un qui veut bien les épouser. Mais sur cette dernière alternative, elles restent elles-mêmes dubitatives. « Tout le monde nous fuit », regrette Evelyne.

Des mariages impossibles

De toutes les façons, c’est bien connu que ce n’est pas facile de se trouver un époux quand on a été bonne. Car l’union est souvent vouée à l’échec.
Une fois marié, l’époux retourne dans la plupart des cas en ville sur son lieu de travail, et laisse son épouse sur sa colline natale sous la surveillance de la belle-famille.
Le travail de l’ancienne bonne est connu d’avance : travaux ménagers et champêtres. Or, la majorité de ces jeunes filles qui ont déjà exercé comme domestique ont quitté leurs familles étant jeunes. Elles ne sont pas du tout habituées à passer toute une journée dans les champs. Les conflits éclatent avec la belle-famille, furieuse que la mariée fasse les précieuses. Le couple finit par se défaire, et l’épouse revient en ville.

Quant à ceux qui préfèrent rester dans la capitale une fois mariés, ils se tournent vers de petits métiers. L’homme peut continuer à travailler comme domestique, file un petit capital à sa jeune épouse pour lancer un petit commerce. Mais il leur sera difficile de s’en sortir face à la cherté de la vie car habitués à être totalement pris en charge par leurs employeurs.

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Reporter, Scénariste

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Une réponse

  1. Salvator NIYONIZIGIYE

    Le calvaire des bonnes dans les milieux urbains en général et dans la ville de Bujumbura en particulier est terrible. D’une part, la non réglementation officielle des préstations des domestiques serait à l’origine de l’exploitation sexuelle faite par certains patrons. D’une autre part, les surcharges des services domestiques qui empêchent les bonnes quelques fois de se rendre même au delà des clôtures des maisons seraient à l’origines de manquer leurs « amours », alors si leurs patrons leurs proposent ça devient facile, plus facile même! D’ailleurs « si on manque ce qu’on aime on se contente de ce qu’on a ». A tout cela s’ajoute la violence sexuelle faite aux bonnes par certains chefs de familles en échanges avec certains avantages pécuniaires. Pour juguler à tout genre du mal fait contre les domestiques , que ça soit les bonnes ou les »boys », il faut que les décideurs élaborent une loi régissant les préstations domestiques et qui en fixe aussi un salaire minimum garanti.

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