Comment sortir de ce cycle vicieux de conflits entre personnel de maison et employeurs ? Richard Manirakiza indique la solution que propose l’Association des Travailleurs Domestiques dont il est le représentant légal

« Il faut systématiquement faire un recensement de tous les travailleurs domestiques au niveau national, d’abord. Une fois enregistré, le domestique obtient une carte d’identification de métier qui prouve où il habite et quand il a commencé à travailler dans telle famille. L’entretien de la base de données a un coût : une contribution de 7000 Fbu, obligatoire, est demandée à chaque arrivant. Si le domestique change d’employeur, le nouveau doit le mentionner sur la carte, et ainsi de suite. Chaque employeur potentiel constatera au cours d’une année par exemple que le domestique a travaillé pour telle ou telle personne, passé deux mois dans tel quartier, et plus dans un autre. Ce qui lui permettra de se faire l’idée de celui qu’il accueille dans sa maison. C’est un dispositif efficace qui permet de dissuader certains, car chaque domestique est conscient que tout forfait est noté dans notre base de données, avec ses origines signalées (parents, colline de provenance, numéro de carte d’identité et téléphone, etc). Facile de le trouver au cas où il commet une infraction. »

D’ailleurs, explique Richard, le dispositif permet de faciliter la sécurité dans une ville comme Bujumbura où il y a un mouvement incontrôlé de gens sans emploi. En effet, au cours des contrôles-surprise de la police, des bandits prétextent qu’ils sont des domestiques mais qu’ils viennent d’être chassés. Et comme aucun document ne permet de savoir qui est domestique ou pas, la police laisse filer des criminels.

Dans cette optique, un centre d’accueil a été ouvert à Carama, et un autre bientôt à Kanyosha, pour accueillir les domestiques chassés mais qui ne peuvent pas retourner chez eux dans l’immédiat. Ils sont hébergés le temps de trouver un autre emploi ou le ticket de retour.

Durant leur passage dans les centres, ils bénéficient des formations sur la cuisine, le relationnel avec les employeurs, l’éducation des enfants, la propreté, etc: « Sinon, nous avons constaté que la plupart deviennent des bandits. Ils peuvent revenir chez leurs employeurs car ils savent ce qu’ils possèdent, comment ouvrir les portes.  Avant d’être hébergé, une commission se charge de vérifier pourquoi le domestique a été chassé, de quoi il est accusé, afin d’éviter d’accueillir des délinquants qui n’ont pas de place dans nos centres. »

A Ngozi, le CATED veille

Le personnel de maison n’est pas seulement localisé à Bujumbura. Les centres urbains tels que Gitega, Rumonge, Muyinga, Ruyigi, en comptent aussi. A Ngozi, les yaya et les boyi sont notamment représentés par le Collectif des Associations des Travailleurs Domestiques du Burundi- CATED.

Lancé en 2012, ce regroupement se targue d’avoir 2.000 membres, dont 35 % de sexe féminin, tous localisés principalement au chef-lieu de Ngozi. Son président, Emmanuel Majambere, est lui-même un ancien groom. Natif de Kayanza, il arrête ses études secondaires en 9ème, à 18 ans, pour gagner la vie. « Mon premier employeur fut un officier de l’armée, en 2007. Il me payait 18.000 Fbu le mois. » Un salaire jugé alors très confortable pour un débutant.

Un drame vient pourtant perturber ces débuts prometteurs. En 2009, un jeune cuisinier du quartier Kinyami, à Ngozi, se fait brûler au fer-à-repasser par son patron, pour des raisons jamais élucidées.

Avec des amis, Emmanuel décide alors de monter une association pour protéger les droits des domestiques. Sept ans plus tard, le rêve est devenu réalité. CATED négocie désormais les contrats d’embauche de ses membres, dont l’age minimal est fixé à 15 ans. Le salaire de base est passé de 10.000 en 2012 à 30.000 Fbu en 2016, sur lequel l’association prélève 8 % pour financer ses activités en plus d’une carte d’adhésion qui coûte 5.000 Fbu. Et surtout le CATED joue le rôle de tampon entre domestiques et employeurs : 50 conflits ont déjà été résolus à l’amiable sur près de deux ans.

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