Chantal Irakoze, l’unique coiffeuse pour homme du Burundi

Elle est l’unique Burundaise qui exerce, avec assurance, ce métier réservé presqu’exclusivement à la gente masculine.

Une coiffeuse qui excelle dans un métier réservé aux hommes ©Jimbere

Du haut de ses 24 ans, elle offre encore, malgré elle, un spectacle hors du commun dans le quartier Gasenyi de la zone Gihosha, à l’endroit communément appelé « Kuma Salons ». Elle, c’est Chantal Irakoze. Mince, teint clair, elle manie avec désinvolture une tondeuse dans un salon de coiffure mixte pour gagner sa vie.

Benjamine d’une fratrie de quatre garçons, elle est née dans la zone Mivo de la commune et province Ngozi. Elle connaîtra peu l’amour et l’affection de ses parents: à seulement trois ans, elle les avait déjà perdus. Sa fratrie décide de tenter leur chance à Bujumbura. Impossible de laisser leur unique sœur à Ngozi. Chantal Irakoze atterrit à Bujumbura en 2005 pour continuer la 6ème primaire.

Elle entame alors le secondaire au lycée municipal de Kamenge. Malheureusement, sa scolarité n’est que de courte durée. Elle s’arrête en 8ème. En 2009, âgée alors de dix sept ans, elle se reconvertit dans le commerce : «J’achetais des bananes à Ngozi pour les revendre à la Gare du Nord». Quatre ans plus tard, sa vie prendra une nouvelle tournure.

Un virage à 90 degré…

Après deux ans de travail à temps partiel dans une société œuvrant dans le secteur café à Ngozi, Chantal Irakoze décroche un job de caissière dans un salon de coiffure de Gasenyi. Trois mois plus tard, son patron, Michel Ntakamurengwa, lui fait une proposition pour le moins étonnante : «Il m’a suggéré de m’essayer à la tondeuse et apprendre à m’en servir», évoque-t-elle.

Ce dont se souvient Michel, lui-même coiffeur : « Je la voyais se morfondre derrière sa caisse, et je lui ai dit de venir pratiquer avec nous. »

Jamais une idée pareille n’avait effleuré l’esprit de la jeune femme. «J’ai boudé sa proposition pendant quelques semaines. Je ne voyais vraiment pas l’importance d’apprendre ce métier », se rappelle, sourire aux lèvres, celle qui est désormais l’unique femme à coiffer dans ce salon.

Le moment d’une réflexion mûrie, et elle s’est prêtée au jeu: «Mon patron s’est montré convaincant. De toutes les façons je n’avais rien à perdre en essayant».

D’ailleurs, elle n’allait pas être la première femme à s’essayer à ce métier sous la houlette de Michel. En 1991, il avait déjà essayé d’initier une autre jeune femme, mais l’expérience avait été de courte durée.
Après une formation d’à peine deux semaines, Chantal Irakoze, elle, maîtrisait déjà les rudiments du métier. «Un mois après, j’ai commencé à coiffer à temps plein», raconte-elle, fièrement.

Un début difficile…

Malgré une formation réussie, Chantal Irakoze a essuyé bien de refus de la part de ses clients. Nombreux lui ont donné du fil à retordre. «Nta mukobwa yonkora mu mutwe !» (Aucune femme ne peut toucher ma tête), le genre de remarques qui désarçonnent quand on n’est pas déterminé : «J’ai dû commencer sur des enfants pour prendre assurance», se souvient-elle.
Sans compter sur ses frères, sous le choc avant de se montrer flexibles.

À l’œuvre, la rue s’ameutait pour voir celle qui a osé. Des attroupements devenaient monnaie courante devant le salon : «Curieusement, cela me rendait fière et je me sentais importante».

Dans une ambiance sereine où ses pairs lui susurraient au tout début des mots à l’oreille pour corriger telle ou telle autre erreur, Chantal se sent aujourd’hui plus que jamais épanouie dans son tablier de coiffeuse: «J’ai désormais des clients permanents, certains m’ont déjà suggéré d’ouvrir mon propre salon».
Coiffer n’est pas seulement devenue une passion pour cette jeune femme, ce métier lui a permis d’être indépendante : «Je loue une maisonnette et je parviens à me nourrir».

Côté cœur, Chantal est déjà maman d’un petit garçon de six ans et est fiancée. Bien que soutenue par l’homme avec qui elle compte faire sa vie, tout sourire, elle avoue qu’il est « parfois embarrassé » qu’elle exerce à longueur de journée dans un univers aussi masculin.

A propos de l'auteur

Reporter, Scénariste

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2 Réponses

  1. michel

    ahubwo jewe sinumva nigituma hariho abanka kwabamwaa…jw ndahamusanze ntanuwundi yonkorara mumutwe atari weee!

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  2. Qassim

    Personnellement je l’encourage car au lieu de se donner aux activités déshonorantes, il a osé et j’espère qu’elle gagne dignement sa vie. Je la suggère plutôt d’encourager d’autres filles de son age afin qu’un jour on arrive à avoir une division pour femmes dans cet salon: il est déplorable de voir un garçon toucher les cheveux d’une femme de quelqu’un et/ou vice versa … mais si c’est une fille/femme là ça va.

    Répondre

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