Le manque de clientèle, les dettes, la hausse des prix de certaines denrées alimentaires… Les restauratrices des rues (Mamanitiliye) à Bujumbura ont du mal à faire marcher leur commerce, mais tiennent bon.

Il est 10 heures. Les derniers clients pour le petit déjeuner occupent quelques tables. Entre temps la maîtresse des lieux surveille si ses clients ne manquent de rien. Elle s’appelle Claudine Ndihokubwayo. Elle jette un coup d’œil sur sa montre, puis saisit soudainement un panier rempli de riz. Elle doit se dépêcher pour préparer le repas de midi.
Ici, le prix d’une assiette de riz plus du haricot (aliments de base dans l’alimentation urbaine des Burundais) oscille entre 500 et 1000 Fbu. Un bol de légumes (isombe, feuilles pillées de manioc, ou lengalenga, amarantes) entre 200 et 300 Fbu. A 1000 Fbu, un citadin avec de modestes moyens mange à sa satiété et consomme une alimentation équilibrée.

Un business autrefois rentable pour Claudine. Mais depuis quelques mois, le cœur n’y est pas. «Les temps sont durs. De plus en plus, les clients se raréfient», se plaint cette veuve et mère de quatre enfants qui tient un petit restaurant au Quartier Industriel, derrière le marché de chez Siyoni. Un endroit stratégique, explique-t-elle : « Les portefaix, les ouvriers, les chauffeurs, les commerçants de bois, tous passent par ici. C’est leur endroit préféré pour se restaurer et se reposer avant de repartir au labeur. »

Tous les matins, elle quitte sa maison située à Buterere vers 5 heures du matin pour se rendre au lieu de son travail. A pieds : à cette heure-là, ni bus, ni taxis ou motos n’ont encore commencé à faire le transport. «Cela permet de faire un peu de sport», ironise-t-elle. Un levée matinal qui lui donne assez de temps pour préparer le menu, à savoir le thé (cayicayi) et des capatis (crêpes salées), ou du pain, que ses clients adorent manger avec du haricot.

« Il m’est devenu difficile de payer régulièrement le loyer »

Avant la crise qui a débuté en avril dernier, elle ne cuisinait pas moins de 50 kilos de riz et 20 kilos de haricots par jour. Aujourd’hui, elle peine à vendre 6 kilos de riz par jour. Et même la quantité de nourriture consommée a fortement baissé. Elle avoue qu’il lui arrive de jeter de la nourriture : «Cela m’est arrivé une fois, avant que je cherche des enfants en situation de rue pour leur donner à manger. Sinon jeter à manger dans nos conditions de vie, c’est criminel.»

Mais vraiment, son business ne va bien. Elle travaille à perte. «Si cette situation perdure, je vais fermer. Car il m’est devenu difficile de payer régulièrement le loyer. Mais ce n’est pas le temps de se lamenter. Je dois continuer malgré tout.»

A Bujumbura, plusieurs petits restaurants ont ouvert leurs portes près des lieux de travail (marchés, bureaux, parkings pour les bus), les citadins préférant de moins en moins rentrer pour déjeuner afin d’économiser sur le transport et le temps. D’autant plus qu’avec la crise sécuritaire dans la capitale, les heures de fin de service sont désormais aux alentours de 16h pour la vaste majorité de travailleurs et fonctionnaires.

Claudine Ndihokubwayo raconte que la plupart de ses clients (ouvriers salariés) sont en chômage. Elle qui assurait en restaurant ses clients à crédit avant paiement à la fin du mois est découragée. Les difficultés financières de plusieurs sociétés allongent les dettes de ses clients de plusieurs semaines. Ce qui l’oblige à injecter régulièrement de l’argent pour faire fonctionner son petit commerce.

Et puis, il y a ces visages familiers qui reviennent, les poches vides et incapables de payer le déjeuner. Le cœur de Claudine se serre et elle accepte parfois de les servir : « Mais on se convient qu’ils me donneront l’argent plus tard. Parfois aussi, je refuse quand les dettes sont trop importantes », regrette-t-elle.

Le prix des denrées alimentaires ne cesse d’augmenter

L’autre difficulté évoquée par Claudine, c’est la flambée des denrées alimentaires. Les prix du prix du haricot et de la viande sont en hausse par rapport aux standards des prix d’un plat. «Impossible aussi de toucher à la quantité de la nourriture servie d’habitude, sinon la clientèle s’évapore», se plaint la restauratrice.
L’expérience racontée par Mme Claudine est largement partagée par les autres mamanitiliye du coin, qui reconnaissent toutes les mêmes difficultés : « Mais que voulez-vous ? On va tenir. C’est notre seul honnête gagne-pain ! »

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