SaCoDé organise depuis fin 2015 des séances de projection d’une vidéo sur le cycle menstruel, dans les écoles secondaires de Bujumbura. Leçon : l’absence d’information en matière de santé sexuelle et reproductive au sein de la jeunesse urbaine est inquiétante.

La dernière fois, c’était en début de ce mois de mars, avec les élèves du Lycée Gikungu. Des garçons, en terminale (les séances concernent uniquement soit l’un ou l’autre sexe, jamais les deux en même temps, pour maximiser l’effet instructif).
Des gars, donc. Hurlements. Cris de surprise. Cafouillage au moment de poser des questions, après la projection de la vidéo sobrement intitulée « Le mystère percé ». « C’est vrai ce que tu dis là ? » demande un adolescent, debout, la bouche entrouverte, à l’animatrice de la séance.
Celle-ci, Huguette Girumubanyi, apparaît dans le court film de SaCoDé, témoignant sur ses premières règles : « Le sujet est tellement tabou que les élèves avaient du mal à concevoir comment je pouvais raconter un vécu si intime face à la caméra. »

Une semaine plus tôt, la projection visait le Lycée Municipal de Rohero. Une élève avait levé le doigt, après l’exposé sur les complications que peut connaître le cycle menstruel : « J’ai une amie qui vient de passer huit mois sans règles. Et elle ne peut pas en parler à sa mère, car elle l’accuserait immédiatement de dévergondage sexuel. Que faire ? »

Des séances d’information qui se transforment – presque – en consultation gynéco, cela indique le profond désarroi des jeunes face à la santé sexuelle féminine : « Le constat de base est que plus de 90 % des filles ne savent rien de précis sur leur cycle, à part la probable date d’apparition des règles. Elles ne parlent jamais de leur sexualité avec leurs parents », indique Huguette.

Les questions varient selon le genre et l’âge 

Ensuite, alors que les garçons posent des questions d’ordre général pour comprendre « le mystère féminin », les filles soumettent des cas très personnels, ou alors parlent à la place d’amies trop timides pour aborder un sujet aussi intime et grave. « Il faut savoir gérer la curiosité des uns et des autres, en rappelant que nos séances d’information sur le cycle menstruel ne visent pas à favoriser le libertinage sexuel », souligne Huguette.

Et que ce soit avec le Lycée du Lac Tanganyika, le Lycée Municipal de Gihosha, le Saint-Esprit ou l’Intercontinental, à Kanyosha ou Kibenga, les réflexes sont les mêmes selon le Dr Eric Niyongabo, responsable du projet Biraturaba/Santé Sexuelle et Reproductive : « Nous avons généralement un public d’une vingtaine d’élèves dont l’âge varie entre 14 et 19 ans. Alors que les plus jeunes veulent savoir comment gérer les douleurs liées aux règles, prédire avec exactitude la date de leur manifestation ou comprendre pourquoi cela prend trois ou quatre jours et non une période fixe, leurs aînées sont beaucoup plus intéressées par le calcul de la date d’ovulation, les précautions à prendre lors des rapports sexuels pour éviter de tomber enceinte, ou encore les effets des médicaments anti-douleurs sur le long terme. » Adolescence oblige.

Au final, ces séances se sont révélées extrêmement utiles pour ces élèves. L’âge des animateurs crée spontanément une complicité, et facilite l’échange sur des sujets qui relèvent autrement du tabou. A l’atmosphère fraternelle des séances s’ajoute la pertinence du contenu de la vidéo, qui, tout en surfant sur les détails, montre l’essentiel sur le cycle menstruel avec à l’appui des témoignages directs de jeunes burundaises : les périodes d’avant, pendant et après l’ovulation, le calcul des étapes du cycle, les complications possibles, etc.

Des rencontres à poursuivre 

Dr Eric Niyongabo revient sur la pertinence du projet :« C’est important de savoir gérer son cycle menstruel, pour les élèves surtout. Il y a plusieurs cas de jeunes filles qui abandonnent leurs études à cause des grossesses non désirées, d’autres qui courent d’énormes risques lors de l’accouchement, d’autres qui se retrouvent avec des résultats scolaires médiocres suite au stress que leur causent les règles. »

Et ces rencontres de mardi et jeudi se poursuivent avec des établissements scolaires de Bujumbura fort intéressés, selon Alain Joseph Hatungimana, chargé du suivi et évaluation des projets SaCoDé : « Les responsables éducatifs apprécient notre programme. En plus du transport des élèves et de leur rafraîchissement, les connaissances qu’ils obtiennent chez SaCoDé complètent grandement les maigres informations obtenues en classe ou avec des amis, et leur permettent de gérer avec efficacité leur santé sexuelle. »

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Une réponse

  1. Nina

    Aux problèmes relevés dans cet article, j’ajouterais celui des installations sanitaires dans les établissements scolaires. Pour certaines élèves , la période des règles est un véritable calvaire: de 5h30 – 6h à 13h30-14h, elles portent la même serviette. En effet, les sanitaires sont insalubres, il n’y a pas d’endroit où jeter les serviettes usagées. A la fin des cours , les camarades de classe ont tous « senti » qu’elles ont leurs règles. Elles ont soit « taché » leur jupe ou elles marchent bizarrement, histoire de retenir l’écoulement dans la serviette saturée. Ne parlons pas du risque de contracter une infection urinaire

    Si la plupart des écoles ne peuvent pas embaucher un préposé au ménage, qu’elles mettent au moins en place un système de rotation où un petit groupe de filles nettoieraient les sanitaires à tour de rôle. Je pense que l’achat de 3-4 seaux/poubelles n’entaillerait pas énormément le budget des écoles….

    S

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