Isuku fut ma première initiative depuis la fondation de SaCoDé. Elle visait à former les femmes et jeunes vulnérables en techniques modernes de nettoyage et d’entretien des locaux. Avec deux objectifs : leur apprendre premièrement comment lutter contre toute maladie causée par le manque d’hygiène, cause majeure des maladies répétitives conduisant à des hospitalisations de personnes vulnérables, notamment les maladies sales, le paludisme, etc. Deuxièmement, il s’agissait de les équiper en compétences pouvant les aider à trouver de l’emploi. Le domaine de l’hôtellerie, du nettoyage et entretien des locaux a été notre premier cible, parce que déficitaire en personnels formés alors qu’il offre des revenus permettant de mieux pourvoir aux besoins de ses praticiens.

Avant de commencer la toute première formation, je me suis entretenue avec certains de mes confidents pour leur parler de mon projet. Sur les cinq personnes que j’ai contactées, trois m’ont découragé. Non seulement le métier de nettoyage semblait dévalorisant au Burundi, me disaient-elles, mais le système de recrutement pour ce genre de métier qui qui se base peu sur les compétences limite l’intérêt de ceux qui souhaiterait se former.

Cela ne m’a pas découragée, car cela faisait des mois que j’avais déjà identifié les femmes et jeunes à former. La liste était tellement longue que j’avais prévu deux sites de formation en même temps. Malgré les démotivations, j’ai commencé les formations. L’avant midi, je formais une vingtaine de femmes de mon Eglise à l’Eglise même et l’après-midi, je formais une vingtaine de femmes chez moi dans notre garage que j’avais transformé en une salle de formation.

projet-isukuMes premières classes étaient faites de femmes déprimées et à l’air misérables. Il y en avait parmi elles certaines qui portaient un seul pagne de lundi à vendredi.

A côté de ceux qui me décourageaient, d’autres me murmuraient de persévérer. Je les remercie du fond de mon cœur. Parmi ces dames au grand cœur, je citerais Mmes Thérèse Ngendandumwe, Yvette Nkamicaniye, Liliane Ngomirakiza, Maman Ariel (Mme Espérance) qui ont appuyé l’initiative Isuku et ont offert à ces femmes les habits, pagnes, chaussures et sac à main pour qu’elles puissent commencer leurs stages dans les hôtels sans trop de complexes, en toute dignité.

Aujourd’hui, je peux affirmer que le projet Isuku est une initiative à impact rapide et visible. En effet, après un mois de formation et un mois de stage dans un milieu hôtelier, 80% de ces femmes ont été recrutées par les hôtels ou les bureaux. Elles ont eu un emploi, et ont repris la joie de vivre. Ainsi, celles qui ont été accueillies dans les hôtels ont bénéficié d’une restauration régulière avec une alimentation équilibrée, participant à ameliorer leur santé. Mais en plus, elles sont capables de payer le loyer, de subvenir aux besoins de leurs enfants et regagnent le respect dans leurs communautés.

En général, les femmes bénéficiaires d’Isuku ont toutes la même histoire : elles viennent à Bujumbura chercher de l’emploi. Elles rencontrent un amant, tombent enceintes, l’amant disparaît en les laissant avec deux ou trois enfants, et c’est la misère qui commence. Celles qui sont courageuses voudraient retourner au village, mais la majorité d’entre elles disent que leurs frères vont les chasser/maltraiter car elles amènent des enfants hors mariage (ibivyarire) dans leur petite propriété familiale (itongo ry’umuryango). Elles sont donc obligées de rester dans la capitale.

Je souhaiterais rendre hommage à un bénéficiaire du projet Isuku, dont l’histoire est totalement différente des autres. Mlle Y. est un enfant unique qui vit avec sa maman planton dans un service de l’Etat à Bujumbura. Elle a terminé ses études dans une école technique et a eu un diplôme de niveau A2. Après une année de chômage, elle a entendu parler de la formation en techniques modernes de nettoyage offertes par SaCoDé et elle est venue se faire inscrire.
Après sa formation, elle a été admise dans un hôtel de Bujumbura pour y effectuer son stage après lequel elle a été appréciée et recrutée. Cette demoiselle m’a beaucoup épatée, elle est douce, patiente, discrète, ponctuelle, propre, méticuleuse, responsable mais surtout humble. Malgré son diplôme, elle m’a dit « Umwuga mubi ni uwo kuroga ». Et avec son salaire, elle se paie des cours d’anglais et d’informatique. Avec pareille détermination, il est clair que de meilleurs horizons lui sont déjà ouverts. Je lui souhaite bonne chance et serais heureuse de voir d’autres filles suivre son exemple.

Cela ne nécessite qu’une petite dose d’humilité.

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