L’un ne peut se passer de l’autre. Cependant, les relations entre employeur et domestique sont conflictuelles. Les accusations fusent de deux cotés

Jean est un homme d’affaires de la zone urbaine de Kinindo qui fait des navettes dans plusieurs pays. Cela faisait plus de deux ans que le groom était à son service : « Il savait que parfois, j’avais des liquidités sur moi. Mais jamais je ne lui laissais l’accès à ma chambre à coucher.»

Ce jour-là, il devait aller en ville pour quelques courses, de retour de Chine la veille. Son épouse, fonctionnaire, ne rentrait pas à midi. Les domestiques étaient restés seuls à la maison.

Vers 19 heures, il rentre. Klaxonne. La sentinelle prend du temps pour lui ouvrir. « Énervé, je lui demande ce qu’il faisait. Il m’apprend que le boy est parti sans aucune explication (la sentinelle commence son travail à 17h30). En fait, il avait traîné en vérifiant s’il ne manquait rien. Pour qu’à notre retour, nous ne l’accusions à tort. » Immédiatement à la sortie de la voiture, l’inspection de la maison commence. Jean vérifie tout : le salon, les chambres des enfants, la cuisine, tout est à sa place.

C’est lorsqu’il entre dans la chambre principale qu’il remarque que la boîte à bijoux de Madame est vide. Directement, il vérifie la cachette où il avait mis quatre mille dollars… L’enveloppe qui contenait les billets verts n’est plus.
Comment a-t-il fait alors que la porte était toujours fermée à clé ? « Certainement qu’il avait un double qu’il a fait faire », se dit Jean. Où donc trouver le voleur ? La plainte est déposée, la police commence les enquêtes… Mais le voleur restera introuvable.

Depuis ce jour, Jean a du mal à avoir confiance dans le personnel de maison. Il engage seulement les domestiques dont il connaît l’origine, ou recommandés par une association des domestiques.

Richard Manirakiza, représentant légal de l’Association des Travailleurs Domestiques déplore ce genre de comportement. Un cas loin d’être isolé: « C’est pourquoi nous conseillons aux employeurs de faire enregistrer ceux qui se proposent de travailler pour eux. Ou les forcer à le faire… »

D’après les chiffres dont dispose la dite association, le nombre des domestiques dans la capitale oscille entre 80 et 100.000 âmes. Et un jour ne passe sans qu’elle enregistre de plaintes. Ainsi, 6 domestiques ont été appréhendés grâce à la carte délivrée par l’association, au mois d’avril 2016 : «Des voleurs. Et désormais, celui qui refuse de se faire enregistrer s’accuse de quelque chose. Nous le considérons de facto comme un malfaiteur et nous ne pouvons pas le recommander.»

Les employeurs ne sont pas si innocents !

Mais, il y a aussi des employeurs de mauvaise foi qui abusent de leur pouvoir. Pour ne pas donner de rémunération aux domestiques, ils cachent des objets pour mettre le prétendu vol sous le dos des domestiques.

Dans des cas extrêmes, parfois on fait arrêter d’innocents jeunes hommes, puis emprisonner pour les faire chanter. Qui préfèrent au final tout abandonner (l’argent, affaires personnelles) au lieu de retourner sur le lieu du travail: «Les domestiques sont ignorants de leurs droits. Les conflits éclatent lorsque les employeurs les traitent avec mépris et arrogance.»

Si le domestique réplique en voulant se défendre, le domestique est chassé sans aucune autre forme de procès. Et la nuit, pour encore mieux l’humilier. « Il faut que certaines personnes comprennent que les domestiques sont des personnes comme tant d’autres, qui méritent aussi du respect.»

Le kidnapping

En réaction au mépris des patrons, les jeunes domestiques prennent tout ce qui est meuble ou objet de valeur pour les revendre, et se payer le dû. Pour les jeunes filles, elles se vengent sur les enfants dont elles ont la garde : «Nous enregistrons des cas de kidnapping d’enfants.»

Récemment, une petite fille de 2 ans a été retrouvée à Nyarusange dans la province de Gitega. Une autre âgée de 3 ans a été retrouvée à Kayanza, habitant dans la commune urbaine de Cibitoke.
A Ngagara, au Quartier 6, un enfant a été mis au réfrigérateur par une bonne pour se venger de sa patronne. Des cas qui sont dus aux conflits parfois indéchiffrables entre les maîtresses de maison et leurs domestiques.

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