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Antime Baranshakaje: « Une femme qui bat de l’Ingoma, c’est de la masturbation »

Les dernières confidences d’Antime Baranshakaje: jusqu’à ses derniers moments, le gardien du sanctuaire de Gishora est resté un joyeux luron. Quelques jours après son accident, il avait accueilli l’équipe de Jimbere pour parler de sa grande passion, Ingoma, le tambour burundais. Malgré son état, il s’était prêté au jeu et nous avait livré les secrets et les non-dits croustillants qui se cachent derrière cet héritage ancestral.

* Article rédigé avant la disparition du légendaire tambourinaire survenue ce 9 avril 2017

Même immobilisé sur une chaise roulante, le gardien du sanctuaire des tambours sacrés de Gishora ne décolère pas. «Jamais de la vie, la femme ne peut battre du tambour. C’est une aberration, une acculturation sans égale».

Et pour cause, le tambour est une femme. Ou simplement la femme est un tambour. Quoi ? « Oui, vous l’avez bien entendu : ‘‘Ingoma y’ikirwa’’», réplique le vieux sage. (Retenez : Ingoma = Tambour et Ikirwa = le lit conjugal du Roi). Ingoma y’ikirwa revient donc  à  dire « le tambour qui se bat au lit ».

« C’est pourquoi, rappelle le gardien des deux derniers tambours sacrés, jamais, depuis la nuit des temps, aucune Burundaise n’a joué au tambour. Ingoma a toujours été battu par des hommes, que ce soit lors des grandes cérémonies (intronisation, funérailles des rois, fête des semailles Umuganuro », …), et uniquement  en présence du roi. »


Ingoma, ou le corps féminin

L’octogénaire de Gishora revient sur la symbolique du tambour burundais : « Il a les mêmes parties du corps qu’une femme. Inda y’ingoma, qui  peut aussi signifier l’abdomen du tambour. Amabere ou les seins. Mu kibenga, ou tout aussi le gouffre humide ou trou profond, etc. »

Même la peau qu’on utilise pour la fabrication d’un tambour doit nécessairement être celle d’une génisse et non celle du taureau.

Autre chose importante qui fait que le tambour soit l’apanage des hommes : il est joué en utilisant les Imirisho (des baguettes en bois). Antime rappelle que «les baguettes (Imirisho) sont un symbole phallique, et dans la tradition burundaise, la femme ne peut jamais toucher le phallus de l’homme qu’en cas d’union. Donc l’union avec le tambour est un rite sacré réservé uniquement aux hommes ».

Ne soyez donc plus étonné de voir un tambourinaire en liesse quand il bat le tambour : «C’est comme si on faisait l’amour… L’homme tient d’abord les baguettes (Imirisho) et caresse le ventre du tambour (Inda y’ingoma) et ce geste s’appelle Gusasira, comme on le fait pour une  femme qu’on aime, avant de passer à l’acte d’amour », argumente Ezéchiel Nibaruta, tambourinaire de Gishora.

Du coup, les femmes ne peuvent s’amuser en dansant du tambour car c’est comme si elles se donnaient du plaisir lors de l’acte conjugal.

Bref, pour ces tambourinaires de Gishora, battre le tambour pour une femme s’apparente plus à la masturbation qu’à autre chose.

 

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