Pourtant l’un des rares éléments publics fédérateurs, l’élection de la Miss Burundi 2017 ce samedi 22 juillet a été le couronnement d’une aventure perçue tout au long de l’année comme incertaine, tant les sponsors ont tardé à se montrer.

©Jimbere – La Miss Burundi 2017 et ses dauphines avec le trio sortant. 2ème à partir de la gauche, la 2ème Dauphine Monia Gateka représentant Cankuzo, qui rentrera avec un chèque d’un million de Fbu. La première dauphine, de Karusi, Akimana Arlette (2ème à partir de la droite), rentrera avec 1,5 million de Fbu.

Jusqu’à la fin, on guettait. On surveillait le petit truc qui allait apparaître sans crier gare, et provoquer une avalanche de quolibets sur ces réseaux sociaux désormais craints, mais si consultés. On avait tous en tête la malheureuse démission d’Ornella Hatungimana, candidate finaliste de la mairie de Bujumbura qui avait dû ranger ses ambitions à la mi-juin sous la pression des ricanements facebookiens lui reprochant un léger strabisme et une catastrophique vidéo de lancement de sa candidature.

Grâce à la franchise de la Miss sortante, on savait que le projet « Miss Burundi » souffrait d’une grave maladie, d’ailleurs très répandue par nos contrées: le manque-de-moyens. Mais on mourrait secrètement d’envie de la voir, cette pauvreté, étalée par exemple sur scène, on s’imaginait que les miss passeraient sur un tapis élimé, que l’élection se ferait dans une gargote mal éclairée, que les cadeaux et prix promis seraient échangés contre de vagues promesses jamais tenues… Tenez: déjà il se murmurait que la Miss n’aurait non seulement pas la berline « Allion » annoncée, mais que même la Vitz prévue disparaîtrait par rues et ruelles de Bujumbura. Et puis les demoiselles concourant pour l’édition 2017 étaient plutôt modestes question beauté. Enfin, c’est ce qu’on voyait.

On attendait rien de bon de cette édition.

22 sponsors ce 22 juillet …

Et puis, patatras! L’on constatait vers la dernière semaine avant la finale que le compte twitter de Miss Burundi affichait de nouveaux sponsors, à raison d’un par jour! Mince! A la faveur d’un nouveau jeu de photos des concourantes prises avec un peu plus de lumière et d’envie (c’est ce qu’on disait), on constatait curieusement que les miss étaient … belles!
Sacrilège! Juste pour passer le temps, l’on se mettait alors à relayer ces pages Facebook de soutien de telle ou telle Miss, et l’on pariait même entre Vaniella de Muyinga, Synella de Kirundo, Monia de Cankuzo ou Daniella de Bujumbura: le trône irait par là.

Au jour de l’élection, nul tapis élimé. En place et lieu: une belle scène tout en hauteur au fond d’un jardin bondé d’invités que bordait une belle piscine bleue, un duo en maître des cérémonies avec une parfaite diction, des petits plats durant la soirée, plein de cameras et même une retransmission live en streaming. Une première.
On était plutôt agréablement surpris, même si la sono n’était pas terrible. Les concourantes étaient belles et gracieuses sur scène, certaines tremblaient en récitant leurs projets, mais qu’importe au final: on sentait que tout avait été bien préparé, de bout en bout.

Au bar-lounge Arena qui accueillait la finale, on y croisait des ministres, banquiers et diplomates venus en famille, et des hommes d’affaires qui regrettaient de n’avoir pas soutenu l’affaire plus tôt tant l’éclat de l’événement frappait. Big Fizzo faisait défiler les concourantes au pas de son dernier hit, « Urambabaza«  (« Tu me fais mal »).

Vers 23h passées, quand tout ce beau monde rentrait, l’air de rien, on constatait qu’au final, le seul scandale de la soirée fut l’origine de la Miss: peu parmi les « on » avaient prévu que la représentante de Ruyigi rentrerait avec la couronne de beauté. Le temps de voir Miss Annie Bernice Nikuze glisser dans sa Vitz, on repartait un peu déçu: tout s’était bien passé!

Attends, soudain on avait une question très urgente: pourquoi la Miss de 2017 se prénomme Bernice comme celle de 2016 ?
Au loin, la Vitz de la Miss disparaissait dans la nuit.

A propos de l'auteur

Journaliste, Coordinateur du Projet Jimbere

Roland Rugero est un journaliste et écrivain burundais né en 1986. Le métier de journalisme, il l’apprend avec le Groupe de presse Iwacu, dont il sera par ailleurs le webmaster éditorial de 2009 à 2014. Un temps chroniqueur de l’actualité politique burundaise, il dirige actuellement une équipe de jeunes journalistes burundais qui travaillent sur le premier magazine jeunesse au Burundi (www.jimbere.org). Il est également contributeur de World Policy Institute ainsi qu'à TakePart. Ancien du prestigieux programme international d’écriture à l'Université de l'Iowa (2013), médaille de bronze aux VIèmes Jeux de la Francophonie à Beyrouth en littérature, Roland Rugero a été cofondateur et animateur du salon littéraire Samandari, fondateur des prix littéraires Michel Kayoya (français) et Andika Prix ​​(anglais). Son deuxième roman "Baho!" Est devenu cette année le premier roman burundais à être traduit du français vers l'anglais.

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