L’association pour la promotion de la Santé Communautaire pour le Développement (SaCoDé) fête six ans d’une courte, mais très riche existence.

Comme toutes les folles aventures, cela commence dans … un garage. Nous sommes au mois d’octobre 2010 et Grâce Françoise Nibizi, infirmière de formation et mère de deux jeunes hommes, rentre d’Angleterre. Elle y a reçu une formation en santé sexuelle et communautaire, parenting, hygiène, « sur la manière d’améliorer ces petits détails de la vie qui la rendent alors meilleure ».

Donc, Françoise rentre au Burundi et se retrouve dans Kabondo, un de ces quartiers plutôt aisée au sud de Bujumbura, à se demander comment exploiter sa formation. Son CV est pourtant riche : passée par le système des Nations Unies et l’Union Européenne, elle pourrait facilement obtenir un poste dans un de ces « machins » internationaux en quelques semaines si elle fouillait les appels à candidature qui pilulent. Mais elle n’est plus tentée par cela. Elle veut lancer un « projet personnel », quelque chose qui a de l’impact « direct et visible sur les Burundais »…

Fouillant son entourage, elle constate les conditions misérables dans lesquelles vivent la plupart des femmes, jeunes et moins jeunes. Telle épouse du travailleur de maison sans emploi, une tante cloîtrée à la maison pour cause de chômage, et ces cousines et ces nièces qui veulent de l’aide…

Alors, dans le garage de la maison familiale de Kabondo, Françoise lance le projet « Isuku ». Hygiène, en kirundi. Des femmes viennent y apprendre comment rendre propre une maison, l’art de dresser la table, laver les vitres d’une maison ou faire un lit selon les canons de l’hôtellerie … Dans son entourage, on se moque de tout ça, incrédules : « Faut-il se rendre à Londres pour apprendre à disposer les draps ? »

Mais Françoise tient bon. Très rapidement, avec son fils aîné, Karl Chris Nsabiyumva, qui a étudié l’économie des affaires, ils formulent le rêve du projet sous un nom : SaCoDé. Une association qui s’impliquera dans la santé des communautés et leur développement. L’agrément suivra en avril 2011.

Six ans plus tard, le garage de Kabondo serait incapable de contenir le personnel qui grouille au siège de la SaCoDé. Entre la vingtaine de couturières de la serviette hygiénique réutilisable Agateka, les responsables du projet « Sante Sexuelle et Reproductive » (SSR) ou encore les dizaines de mamans et jeunes filles qui gagnent désormais leur vie grâce au projet Isuku, il s’est passé bien de choses.

Toujours dans l’action communautaire, SaCoDé encadre désormais jeunes et mamans de Gatumba à gérer des tontines profitables aux initiatives locales d’investissement, principalement le petit commerce.

Mais s’il est un projet qui rend le plus de fierté à Françoise, c’est bien Agateka. Plus de 4.500 Burundaises ont déjà obtenu cette serviette hygiénique réutilisable, grâce au financement de plusieurs acteurs (banques, ambassades, ONGs, particuliers…)
Un projet transversal : toutes les filles et femmes qui reçoivent les kits Agateka sont automatiquement incluses dans le programme d’éducation à la SSR, tandis que la production des serviettes est une activité génératrice de revenus pour 40 femmes encadrées par l’initiative Terintambwe.

Et c’est en hommage à Agateka que la SaCoDé a été primée en mars dernier au niveau continental avec « l’Africa Innovation Challenge 2016 » décerné par le géant pharmaceutique américain Johnson & Johnson, lors d’un congrès honorant les entrepreneurs sociaux à Johannesburg. Avec, à la prime, un don de 95.000$ qui permettra de coudre des milliers de nouvelles serviettes pour les jeunes Burundaises.

 

A propos de l'auteur

Journaliste, Coordinateur du Projet Jimbere

Roland Rugero est un journaliste et écrivain burundais né en 1986. Le métier de journalisme, il l’apprend avec le Groupe de presse Iwacu, dont il sera par ailleurs le webmaster éditorial de 2009 à 2014. Un temps chroniqueur de l’actualité politique burundaise, il dirige actuellement une équipe de jeunes journalistes burundais qui travaillent sur le premier magazine jeunesse au Burundi (www.jimbere.org). Il est également contributeur de World Policy Institute ainsi qu'à TakePart. Ancien du prestigieux programme international d’écriture à l'Université de l'Iowa (2013), médaille de bronze aux VIèmes Jeux de la Francophonie à Beyrouth en littérature, Roland Rugero a été cofondateur et animateur du salon littéraire Samandari, fondateur des prix littéraires Michel Kayoya (français) et Andika Prix ​​(anglais). Son deuxième roman "Baho!" Est devenu cette année le premier roman burundais à être traduit du français vers l'anglais.

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