L’IFB accueillait ces 9 et 10 mars « Umugore n’Umugabo » (La femme et l’homme), une pièce en l’honneur de la femme burundaise de la comédienne Laura Sheila Inangoma. Une bouffé d’air pour les spectateurs et un succès sans précédent dans l’histoire du théâtre burundais

Sheila avec les élèves de Gitega venue la voir, dans le cadre d’une tournée de la Troupe Lampyre

On nous avait habitué à des scènes sombres, dramatiques. On s’attendait, comme à l’accoutumé, mouchoirs déjà en mains, à une histoire de guerre, de violences, de pleurnicheries, un requiem, encore et toujours à ces nombreuses années de crises cycliques que connaît notre pays… Il n’en fut rien!

Avec une légèreté déconcertante, un humour sarcastique, et un jeu d’acteurs mêlant chants et danses, Sheila Inangoma a su nous dépeindre la société burundaise et ses travers vis-à-vis de la femme. Telle cette jeune fille, interprétée par le comédien Divin Spencer, violée à l’âge de 5 ans par son oncle. « La famille savait mais elle n’a rien fait car c’était une parenté », et au reste des acteurs de lui répondre dans une chanson hilarante, une idée de Kami qui accompagnait la troupe à la guitare: « Urinumira, mukobwa urihangana, nturi uwambere kandi nturi uwanyuma » (Faudra te taire, jeune fille, faudra supporter. Tu n’es ni la première, ni la dernière).

Suivait ensuite la pièce « Les monologues du vagin » d’Eve Ensler, adaptée à la société burundaise. On nous parla du sexe féminin sous toutes ses formes, ses humeurs, ses envies et caprices. On nous somma presque de répéter ce mot, car dit alors la jeune actrice Pepita, « vagin, c’est le mot qui rend libre » et surtout, compléta sa comparse Claudia, « j’ai découvert que mon vagin n’était pas considérée. J’étais trop occupée à être une mère… »

Mais tout cela n’aurait eu un tel effet sans la touche du metteur en scène Freddy Sabimbona, le seul, sinon unique comédien professionnel du pays. Un savoir faire qui se remarquera tout au long de la pièce. « En soi, le texte n’était pas de grand niveau, mais il fut porté par la mise en scène », constata un spectateur. La dernière scène de la pièce, où l’on voit une danseuse, toute en finesse, se faire étouffer par les acteurs, était d’une grande beauté. « C’était pour montrer comment la jeune femme burundaise est souvent au nom de la tradition et de la culture, étouffée par sa société », fera savoir Freddy après le spectacle.

« Jamais je n’aurais pensé faire du théâtre »

On ne la présente plus notre Sheila nationale, car depuis 2012, c’est elle le nouveau visage de la comédienne burundaise. Du haut de ses 24 ans, et de sa voix perchée, elle a su imposer son style. La marque Sheila ne cesse d’étonner, quelle soit en prostituée (La vie Mesquine, 2012), en esclave sexuelle (Des colons et des nègres, 2015), ou en femme violée (Kivu, 2016). Elle incarne à perfection les vies, et les personnages souvent tragiques qu’elle représente.

Tantôt, c’est une femme désabusée par la vie et les hommes, tantôt une femme tutsi (Inangoma) révoltée par tant de haine ethnique qui prône l’amour et la tolérance (Liebe, 2017), ou alors une jeune fille naïve, croyant rejoindre son petit ami dans une vie d’eldorado en Europe et qui se retrouve serveuse dans un bar et serveuse de son corps (Kebab, 2016)... « C’est toujours un étonnement pour moi, jamais je n’aurais pu m’imaginer faire du théâtre mon métier », avoue la jeune comédienne.

Révélée par Marshall Mpinga Rugano

La rencontre avec le dramaturge Marshall Mpinga Rugano, fut une révélation pour Sheila Inangoma. Autant pour Marshall que pour elle d’ailleurs. « Il était à la recherche de jeunes dans les écoles pour fonder une troupe de théâtre… », se souvient Sheila. Elle qui n’avait eu comme public que sa classe, lors des récitations, se retrouvait du jour au lendemain à l’IFB, incarnant une prostituée. « J’avais des réticences à me mettre dans la peau d’une prostituée car je ne voulais pas que les gens me confondent à ça ».
Mais Gacucu (le nom de cette prostituée) fera des merveilles une fois sur scène. Après ce premier succès, une série de pièces suivra, toujours avec la même réussite. Elle devient même la figure phare de la compagnie Les enfoirés de Sanoladente, avec laquelle elle fera plusieurs tournées dans la sous région (Congo, Kigali, Ouganda). Fin 2017, c’est en Allemagne qu’elle se produit pendant trois mois avec d’autres jeunes comédiens burundais. En tout 18 représentations de la pièce « Les couleurs du rire » seront faites à Constanz. « C’était une immersion complète dans le métier de comédien. Toute la journée, et la soirée, on ne pensait qu’au théâtre ». Et ainsi naquit sa vocation: « Il y a eu un déclic et je me suis dit ‘Pourquoi pas en faire mon métier’? », confie – t- elle.

Aujourd’hui, elle est en stage académique à Jubilee Ensurance pour décrocher sa licence en Business Administration à Bujumbura International University (BIU), « parce qu’en attendant, comme me disent mes parents, le théâtre ne payera pas mes factures! », conclut, dans un rire contagieux la jeune Sheila Inangoma.

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