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Abus sexuels à l’école : une triste réalité au sud du Burundi

Jour 2. Le 5 novembre 2019. 9h du matin, de Minago, cap plus au sud du pays, dans la province Makamba. Nous avons rendez-vous avec Léonce Nibaruta de l’Initiative d’appui au développement humain durable (IADH), partenaire local de Cordaid dans l’implémentation du Programme Conjoint Menyumenyeshe dans la province Makamba. Reportage au Lycée communal Mabanda.

« L’école a été choisie comme modèle dans le Programme. Mais, si vous avez le temps, je vais aussi vous partager les statistiques du programme dans notre province », propose Léonce Nibaruta.

La veille, au Lycée Sainte Famille de Minago, nous avions déjà couvert les activités menées au niveau des écoles dans le cadre de Menyumenyeshe, notamment les différentes techniques (théâtre, musique, poésie, dessin, …), adaptées aux jeunes, utilisées pour transmettre plus efficacement les messages en rapport avec la santé sexuelle et reproductive des jeunes et adolescents (SSRAJ).

Un défi alors : va-t-on reprendre le même contenu dans le second article ? Et Boum ! Dans notre discussion avec Léonce et les encadreurs du club santé à l’école, un sujet attire particulièrement notre attention : une semaine avant, une jeune élève a témoigné sur les abus sexuels subis dans le milieu scolaire. Selon eux, impossible pour le public présent de retenir les larmes. Intriguant …

De Minago à Mabanda, un calvaire

Simple et timide, à première vue, difficile de croire que l’adolescente de 19 ans est déjà passée par toutes ces épreuves. Étant une des acteurs de la pièce de théâtre préparée à l’occasion de notre visite, la protagoniste est acclamée à chaque fois qu’elle prend parole, car faut-il reconnaître que la petite fiction adaptée de l’une des 15 leçons du livret « Le Monde Commence Par Moi », semble être calquée sur la triste histoire d’Anabelle*.

Aujourd’hui en post-fondamental, à la fin du théâtre, elle s’est livrée sur nos micros : « En 8ème année fondamental, encore à Minago, un des enseignants m’a approché pour me proposer d’entretenir une relation avec lui. Cela m’a surpris, et j’ai vite parlé du cas à mes parents, lesquels m’ont vivement conseillée de me retenir face à ce que je considérais comme une provocation, et d’attendre la fin de l’année pour changer d’école. L’année scolaire suivante, je suis venue continuer mes études à Mabanda », les yeux de la jeune fille se sont remplis les larmes à peine qu’elle ait commencé à se confier.

Peu après son arrivée à Mabanda, elle va devoir encore supporter les mêmes harcèlements qu’à Minago. « Dans cette commune frontalière de la Tanzanie, un bon nombre de commerçants détiennent beaucoup d’argent. Certains d’entre eux, l’excès de l’argent les soule, et adoptent de mauvaises habitudes. Sans surprise, l’un d’eux n’a pas tardé à me proposer une relation, me bernant qu’il était encore dans le célibat. La vérité est qu’il était marié avec 4 enfants. Quelques jours plus tard, un fonctionnaire dans le domaine de l’éducation a commencé aussi à me harceler :  » Souvent, les week-ends je viens au boulot et je suis seul, tu devrais passer un jour me voir » m’a-t-il recommandé. Par peur, un jour, je suis passée à son bureau, et il a entammé les attouchements sexuels », poursuit-elle, avec cette interrogation dans la tête : « Qu’ai-je fait pour subir tout cela ? ». Mais face à toutes ces tentations, la jeune fille aura su garder son sang-froid.

Réalisations de Menyumenyeshe dans la province

Anabelle est l’une des nombreuses victimes des abus sexuels subis à l’école, ou dans la communauté. Le Programme Conjoint apprend en outre aux jeunes et adolescent.e.s les comportements à adopter dans de telles situations, et c’était notamment l’objectif de la pièce de théâtre du jour.

Ainsi à Makamba, Menyumenyeshe intervient dans les 6 communes de cette province : 12 CDS « Ami de jeunes » collaborent avec 48 écoles et 68 groupes de solidarité (GS). En tout, 4 135 jeunes et adolescents (scolarisés et non scolarisés) sont directement touchés par le Programme dont plus de 15% sont des pairs éducateurs. Et depuis le début du Programme, les CDS ont déjà enregistré près de 35 000 visites des jeunes reçus en consultations en rapport avec la SSRAJ.

Anabelle* : Nom d’emprunt

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