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Entrepreneuriat

Il vend ses bagues de mariage pour devenir le plus grand éleveur de dindons au Burundi

©Jimbere| Ardent Nshimirimana, dans sa ferme, soigne lui-même ses dindes

Ardent Nshimirimana, 33 ans, est passé par (presque) toutes les formes d’élevage, avec tant d’échecs. Mais le « paysan » s’est donné un objectif précis : devenir le plus grand éleveur de dindons au pays. Une ambition qui demande beaucoup de sacrifices. Jimbere est allé à sa rencontre.

Les clichés peuvent accoucher que les jeunes citadins s’intéressent le moins à l’agri-élevage. Eh bien, Ardent Nshimirimana atteste le contraire : ce jeune de Mutakura, dans le nord de la capitale économique, a toujours été passionné par le domaine agricole.

Encore au secondaire, comme bon nombre de jeunes, il élève quelques poules à la maison, mais ses rêves étaient plus grands, plus poussés. Avec ses maigres économies, à la fin du secondaire, veilleur dans une entreprise à Bujumbura, il parvient à s’acheter une truie (femelle de porc)  qui va lui en faire une douzaine de porcelets, en moins d’une année, et l’étable ne cessera de se remplir.

Parallèlement, Ardent s’aventure dans l’agriculture. Il loue des terrains  cultivables en province Cibitoke, et à Nyabunyegeri (vers Bubanza). Il s’investit dans la culture des tomates et autres légumes. Malheureusement, cette année, en 2012, le jeune entrepreneur, de part et d’autres, est secoué par des tempêtes. Ses champs sont  dévastés par des pluies torrentielles. Il n’en tire presque rien, et il est obligé de vendre les porcs pour payer les dettes contractées.

Loin d’être découragé, il se relance vers l’élevage des vaches, mais ce domaine ne va pas aussi lui réussir. Il se peut que dans la région, il y’ait de sortes de mouches qui piquent les vaches jusqu’à les tuer, et ses deux vaches vont y laisser la peau. Encore un échec.

Quand persévérance paie

Tous ses incidents vont amener le jeune « paysan » à s’assoir, reposer sa tête et  faire beaucoup de recherches sur internet, via des documentaires, pour apprendre à bien élever,et surtout apprendre comment soigner ses animaux. « J’ai consacré une chambre, exclusivement réservée à un laboratoire, et aux poussins sur lesquels j’expérimente les médicaments et les doses alimentaires. Je dois veiller à leur état de croissance, jour et nuit. » Vers la fin de 2019, il redémarre énergiquement ses activités.  Il va bien aménager son domaine à Nyabunyegeri pour que chaque catégorie d’animal ait sa propre espace.

Les dindons pour raviver sa passion

Bien qu’il soit un touche-à-tout dans l’élevage, Ardent, dans ses perspectives, a le désir ardent d’être un grand éleveur de dindons. L’idée lui vient quand, visitant le quartier de Buyenzi, il découvre un éleveur de 3 dindons, et d’un coup, une idée lui frôle la tête: devenir le plus grand éleveur de dindons au Burundi.

Il est alors emballé, mais sans moyens. « On m’a fait savoir que je ne pourrais m’en approvisionner qu’en RDC, à hauteur de 150.000 Fbu, l’unité. Je voulais acheter 3 dindons pour démarrer, mais je n’avais pas cette somme.» Ardent prend alors courage de recourir vers sa femme, et lui demander ce que plus d’un prendrait inimaginable. « Je lui ai supplié de vendre nos alliances. Au premier temps, elle refuse, mais finit par accepter après plusieurs négociations. Nous les avons vendues à 370.000 Fbu, et j’ai complété avec mes maigres économies pour totaliser la somme. »   

Parmi les projections, rendre accessible la viande de lapins pour tous les nécessiteux au Burundi

Un début plein d’embuches 

L’élevage, l’ayant coûté les yeux de la tête, ne marche pas bien. « Elever les dindons s’avère un peu difficile. Les poussins sont très vulnérables aux maladies, et ici au pays, nous ne possédons pas de médecins vétérinaires habitués à leur traitement, puisque peu de Burundais en élèvent. C’est le défi majeur. » Mais sa vision est plus que motivée, ce qui lui pousse à approfondir des recherches.

Lui, qui est déjà éleveur assidu des poules, il ne lâche rien. « Mon objectif était de me frayer mon propre chemin. Etre un peu unique, afin que celui qui voudra manger de la bonne viande de dindons u Burundi soit orienté vers la Ferme du Paysan [le nom que porte la ferme d’Ardent]. J’ai appris à les soigner, à bien les nourrir, et désormais, je n’enregistre plus de pertes. »

Actuellement, Ardent est sur un bon rythme. En moins de 5 mois, avec ses expérimentations médicinales, les dindons se sont multipliés, passant de 3 à plus de 50 dindons. « D’ici à la fin de l’année, grâce à une couveuse, j’escompte avoir 500 dindons. » Ainsi, avec ce rythme de multiplication, Ardent a déjà fixé les tarifs pour en écouler. Il fait savoir qu’une femelle se vend à 150.000 Fbu, un mâle à 200.000 Fbu, tandis qu’un poussin de 4 mois est à 75.000 Fbu.    

Quant aux lapins, Ardent garde un intérêt particulier car, dit-il, le constat a été que les boucheries de Bujumbura n’en vendent pas assez, alors que leur viande est beaucoup appréciée et conseillée par les nutritionnistes. Il a alors construit des cages modernes, épanouissant les bestioles, qui sont également très fragiles et exposés aux maladies de la saleté. Il compte autour d’une cinquantaine de lapins, et qui se multiplient constamment. Pour en écouler, Ardent va en vendre par kilo, à hauteur de 6.500 Fbu.

Aujourd’hui, la Ferme du Paysan est habitée par une dizaine de vaches, quelques porcs, une cinquantaine de dindons, une soixantaine de poules, et la cinquantaine de lapins, et des champs diversifiés. 

Invitant les jeunes passionnés par l’entrepreneuriat agropastoral à s’y investir malgré  les défis. « Ce qui compte le plus, c’est d’y consacrer son temps, et de se fixer des objectifs réalistes, dans un délai précis. »

Dans le cadre du projet « Tuyage » financé par l’USAID, le Magazine Jimbere s’associe avec Search For Common Ground au Burundi (partenaire de mise en œuvre du projet) dans la production d’une série d’articles économiques

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