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Burundi : où en est-on avec la baisse du taux de crédit agricole ?

Au cours de la semaine écoulée, le correspondant de Jimbere à l’ouest du pays, rapportait une bonne nouvelle pour les agents économiques du secteur agro-pastoral : le taux de crédit à 24%, ou 36%, par an, passe à 8%. C’était lors d’une réunion régionale à Bubanza, dans le cadre du projet d’appui à l’inclusion financière agricole et rurale au Burundi (PAIFAR-B).

Le PAIFAR-B est un projet du Gouvernement appuyé par le Fonds international de développement agricole (FIDA). Il a pour but de contribuer à l’augmentation des revenus de plus de 99.000 ménages ruraux, avec un accent particulier sur les jeunes et les femmes ruraux, populations plus exclues de services financiers.

A l’ouest du Burundi, quel est le pas déjà franchi ? Ernest Bizimana, à la tête du PAIFAR-B dans la région, donne quelques chiffres : « Dans cette zone dominée par la culture du riz, depuis 2019 (au début du projet, Ndlr), par exemple, l’encours du crédit aux groupements coopératifs rizicoles, dépasse plus d’un milliard de Fbu. » Et les bénéficiaires ?« Sur 4.757 clients, 42% sont les femmes, 36% les jeunes. »

Et, d’où vient cette baisse du taux de crédit agricole ? Car l’annonce n’est pas nouvelle. Au mois d’octobre 2019, Jean Ciza, Gouverneur de la BRB, notifiait notamment des nouvelles mesures de politique monétaire pour soutenir les secteurs porteurs de croissance, en l’occurrence les secteur agro-pastoral et industriel.

« Pour le financement direct des projets, les établissements de crédit vont se refinancer à 1% auprès de la BRB, et vont ajouter une marge de 2% pour le refinancement aux institutions de microfinance. Et le taux d’intérêt maximal à appliquer au dernier bénéficiaire sera de 5% pour les microfinances, 6% les établissements de crédit. » Une mesure qui devrait toucher toutes les institutions financières, pas seulement celles qui vont demander des avances à la BRB, et même ceux qui ont assez de liquidités.

Alors, où en est-on avec la mesure ?

Ildefonse Nahimana, Secrétaire exécutif de la coopérative Terimbere Mpanda, un groupement coopératif rizicole de Bubanza, bénéficiaire du PAIFAR-B, indique être satisfait de la mesure. « Il y’a 3 mois que nous avons obtenu un crédit au taux de 8%, une aubaine pour la coopérative, car le prix du crédit est devenu plus accessible. »

Quid des garanties ? L’autre casse-tête des demandeurs de crédits, surtout pour cette catégorie de clients ? Les institutions financières, estimant le financement des projets dans le secteur agro-pastoral trop risqué (conditions météorologiques imprévisibles, petite échelle de production, compétences techniques limitées des agriculteurs et éleveurs, etc.), exigent, en échange des prêts, des garanties solides : titres de propriété, voitures, …

Théoneste Dusengimana, président de la coopérative Ihangiro, également bénéficiaire du PAIFAR-B à Bubanza, indique que dans les microfinances, la question des garanties reste toujours d’actualité. « Toujours, plus vous avez une garantie solide, plus vous bénéficiez d’un bon crédit. Au cas contraire, prenons exemple des coopératives naissantes, sans garanties solides à présenter, elles peuvent demander un crédit par le biais des groupes de solidarité, mais à ce que je sache, souvent, le montant n’excède pas 150.000 Fbu par personne. »

La baisse du taux de crédit agricole convient-elle aux institutions financières ?

Nous avons approché le milieu bancaire, plutôt discret sur la question. « Des discussions sont toujours en cours avec la BRB pour discuter sur les nouvelles mesures. Nous craignons que le taux d’intérêt maximal à appliquer au dernier bénéficiaire ne couvre pas les risques, les dépenses, encourus, dans la mesure où nous nous devons d’être viables. » Révèlent des sources au sein des institutions financières.

Marie Louise Kamikazi, Directrice exécutive du Réseau des institutions de Microfinance (RIM), plus proche de la population rurale, sur la question, elle s’est dite réservée. « C’est une mesure du régulateur. Elle doit être mise en exécution. Je n’ai pas plus de commentaires. La BRB est la mieux placée pour donner plus de détails. »

Et, voici la réponse de la banque des banques : « La BRB n’a pas encore produit de publication/rapport sur l’application des nouvelles mesures. Mais sachez qu’elles sont, bel et bien, mises en application. Pour ce qui est des chiffres, veuillez attendre le prochain rapport annuel, bientôt en ligne », informe Bellarmin Bacinoni, chargé de la communication à la BRB.

Nous avons un peu fouillé dans le dernier rapport annuel de la BRB (2018) pour savoir, ces dernières années, la (petite) part réservée à l’agriculture (thé et café exclus) dans l’encours du total des crédits. Elle est en baisse : à 3,1% (soit un financement de 25 milliards de Fbu) en 2016, elle a chuté à 1,9% (soit un financement de 18 milliards de Fbu) en 2018.

Selon nos informations, même hier, il était prévu des discussions entre les institutions financières et la BRB, sur les nouvelles mesures de politique monétaire. Espérons qu’elles puissent accoucher d’une bonne nouvelle pour le million de familles rurales vivant de l’agriculture.

Dans le cadre du projet « Tuyage » financé par l’USAID, le Magazine Jimbere s’associe avec Search For Common Ground au Burundi (partenaire de mise en œuvre du projet) dans la production d’une série d’articles économiques

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