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Théâtre

« Buja Sans Tabou » à la rencontre de la genèse de la ville de Bujumbura

©Jimbere | A l’écoute du panel sur la naissance et la croissance de la ville de Bujumbura

La 4ème édition de ce festival qui aura lieu en février 2020 autour du thème « Théâtre et Histoire » sera sans doute riche en originalité et créativité. Pour la réussite de leur tournée dans les cinq quartiers « aînés » de Bujumbura (Bwiza, Buyenzi, Nyakabiga, Ngagara et le Quartier Asiatique), les jeunes héritiers de Molière issus de plusieurs troupes théâtrales regroupées au sein du « Théâtre Burundais » avaient convié à leur table ce vendredi 14 juin trois « anciens », intellectuels et témoins oculaires de la naissance et du développement de la capitale économique. Récit

La porte de la salle polyvalente de l’IFB fait plutôt penser à des lieux vides, tant le silence qui s’en échappe est lourd. C’est en la poussant, et en voyant les dizaines de dos voûtés, tendus, les regards fixes, calepins en main, que l’on comprend la raison de la quiétude ambiante. C’est que, dans la salle, on est fort occupé à remonter le temps. Il y a là Sylvestre Ndayirukiye, géographe et spécialiste justement de la ville, Domitien Nizigiyimana, professeurs des Lettres à l’Université du Burundi et Juvénal Ngorwanubusa, écrivain burundais, auteur notamment de la première anthologie de la littérature burundaise.

C’est Ndayirukiye qui a le micro: «Bujumbura a été créée à partir d’un terrain de 100 ha que les premiers missionnaires allemands ont acheté à un chef coutumier ». Et c’est parti pour la grande aventure …

Ayant connu la capitale à différentes périodes, les invités auront été des témoins oculaires des métamorphoses de la ville. Leurs interventions se croisent, se chevauchent, se complètent dans un tableau si juste qu’on a l’impression qu’ils se sont concertés avant de venir. De l’industrialisation avec son agrandissement territorial à la vie sociale des citadins, tout y passe. 

«Nyakabiga, le fils du Quartier Asiatique»

Bien que le port de Bujumbura existe depuis l’époque allemande (1897-1916), il ne sera exploité qu’à partir des années 1950. Ainsi, Bujumbura devient le cœur d’un commerce triangulaire des matières premières entre le Ruanda, l’Urundi et l’Est du Congo. L’agglomération assistera à la naissance de plus d’une vingtaine d’usines qui, malgré un petit nombre d’employés au départ (25), finira par grossir. En 1963, ce sont 1.520 employés qui s’affairent derrière les chaudières, les fourneaux et autres cuves de l’ancienne Usumbura, précise Ndayirukiye. En 1970, l’effectif des industries passe à 55, avec un personnel de 2.395 âmes: « La nécessité d’une importante main d’œuvre occasionnera un grand mouvement d’exode rural. La ville ne disposant pas de maisons à louer, l’Etat créera un autre quartier, le ‘Fond d’avance’ ou le ‘Belge IV’, qui deviendra plus tard Nyakabiga. Le rythme d’exode rural croissant, alors que le quartier était encerclé par les bâtiments de l’UB (Université du Burundi), le Bwiza actuel, le Rohero II et la rivière Ntahangwa, mènera vers l’apparition du ‘Rupango’, la maisons à louer… »

Les différentes troupes théâtrales réunies dans le collectif « Le Théâtre Burundais » autour des panélistes du soir

«Bwiza, Buyenzi et Ngagara, des quartiers qui ont sauvegardé leurs traditions»

«Jusqu’à date, quand on va à Ngagara, on trouve des bistrots plein de citadins autour d’une bière. Ngagara est sans doute l’un des clients les plus fidèles de la Brarudi. Mais cette tradition est aussi vieille que le quartier. De même que Bwiza ou « Bereshi » pour les uns, «Quartier Belge» pour les autres, qui est resté ‘l’école de ville’, fief de l’ambiance, la place de toutes les couleurs», raconte le professeur Nizigiyimana.

Pourquoi une tradition? Ancien quartier des fonctionnaires, qui percevaient de grands salaires à l’époque, ils se refusaient rarement une bouteille bien fraîche de la brasserie à midi (faut-il rappeler que la bouteille coûta 5Fbu, plus tard 20Fbu dans les années 1980). Surtout que le travail se terminait souvent autour de midi. 

A côté, l’histoire retiendra de Buyenzi un quartier paisible avec un peuple à la culture au pluriel, qui est parvenu à s’unir autour du football.

« La nécessité de nommer les infrastructures compte tenu de leurs localités »

Le géographe bouclera les anecdotes de ce deuxième débat sur la ville de Bujumbura par un tour de quelques noms: «Comment pouvons-nous nous expliquer que l’Hôpital Militaire, l’Hôpital Roi Khaled et l’ETS, soient affectés à Kamenge alors qu’ils sont localisés dans Gihosha? Et quid du Quartier 7 et Rohero II alors qu’ils sont les prolongations de Kamenge et Nyakabiga? Mieux: depuis quand deux collines séparées par une rivière partagent un même nom? Seules Mutanga Sud et Mutanga Nord font l’exception ».

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