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Les fleurs au Burundi, plus pour les morts que pour les vivants

« Les fleurs ? C’est le plus beau signe d’amour et d’affection », répondent la plupart des gens qu’on a eu à poser la question. Pourquoi alors ici ce symbole universel de l’amour et de tendresse orne-t-il plus les cimetières que les maisons …

7h 30. En face de l’ancien Athénée primaire où se tient le plus grand commerce des fleurs du centre-ville de Bujumbura, quelques voitures y stationnent. Une trentaine d’ouvriers est à l’œuvre. Les fleurs sont façonnées et distribuées dans un laps de temps. Les clients sont pressés.

« Dès le lever du soleil, nous sommes au boulot. Ils [les clients] toquent aux portes très tôt, surtout à la recherche des fleurs pour enterrement. C’est d’ailleurs nos clients réguliers, puisqu’on en manque rarement ». Raconte Désiré, un des fleuristes rencontrés sur place avant d’ajouter que les autres commandes sont relatives aux cérémonies de mariage, de diplôme, … mais que ceux-ci ne viennent que les week-ends.

Là où les uns voient la tendresse les autres voient le lucre …

Pour Désiré, si l’on tient compte de la valeur et de l’importance des fleurs, nous ne les valorisons pas assez. « C’est peut-être dû à notre culture qui ne donne pas assez d’importance aux fleurs. On devrait en cultiver davantage puisque nous avons assez de variété. On pourrait même en exporter ».

Mine de rien, il explique que les commerçants de fleurs ne sont pas pour autant les plus fauchés. Il argumente :« Pour les fleurs pour enterrements, le prix varie entre 10 000 et 100 000 Fbu. Pour les fêtes de mariage, de diplômes et autres, les prix varient entre 10 000 et 35 000 Fbu. C’est donc un métier qui paie bien compte tenu des rentrées quotidiennes, car on peut facilement avoir plus d’une cinquantaine de clients par jour. »    

Les Burundais ne s’accordent pas sur le rôle de ce symbole …

Carène Mugisha, la vingtaine, citadine, est plutôt romantique. « Rien ne fait fondre mon cœur qu’un bon bouquet fraichement cueilli (comprenez « acheté ») par mon âme-sœur. C’est le geste le plus sincère et le plus profond des sentiments. Le seul hic, peu d’hommes se livrent à cet exercice. Il faut dire que les Burundais et les fleurs, ça fait deux choses différentes ».

Cette perception, elle est balayée de revers par Sandrine Muneza. Citadine également. « Les fleurs n’ont pas de grande place dans la démonstration sentimentale des Burundais. Tu peux être sûr qu’une fille sera contente quand tu lui offres un plat de poulet qu’un malheureux bouquet de fleurs. »

Pour chaque fleur, une signification

Selon les fleuristes, chaque fleur a sa signification. Son sens caché. Un message codé. Si elles rappellent le caractère éphémère et passager de la vie, toutes les fleurs sont cependant là pour redonner l’espoir au destinataire. Elles expriment en même temps l’amour que te porte la personne qui te l’offre.

Selon Gaspard Muryango, fleuriste depuis plus de 10 ans, les fleurs blanches sont souvent privilégiées pour les funérailles de jeunes enfants, tandis que le rouge symbolise l’amour, la confiance. Et de donner des cas typiques de fleurs chouchoutées au Burundi : « L’alterium, les lisses, l’arôme, les roses, et le Daria ».

Un article rédigé par Sabrah Saïd Amor dans le cadre du stage au sein du Magazine Jimbere comme ancien du programme « Enfants journalistes » de l’UNICEF Burundi.

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