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Les « médiatrices » hors pairs  de Butaganzwa

Demandez aux habitants de la commune Butaganzwa en province Kayanza ce qu’évoquent les noms d’Emmanuella, Godebert, Seconde ou Daphrose : on vous répondra, le chapeau levé, que ce sont des médiatrices, mentors (Abahetsi), ou encore des femmes d’un immense courage, avec raison.

C’est au cours d’un atelier de restitution des activités menées par les associations Reja et Afrabu, dans le cadre du projet de promotion du leadership féminin initié par SFCG, qu’on se retrouve sur les traces de ces mères leaders. La confrontation de leurs récits constitue un bon point de départ pour mieux cerner le mal social qu’elles s’emploient, jour et nuit, à exorciser. Ça vous dit une petite plongée dans cette mythologie de Butaganzwa ?

Bien que certains hommes et femmes se soient dit un grand Oui devant l’autel un jour, il arrive parfois que, la saison qui suit, leur maison soit hantée par une force obscure dans cette commune du nord du pays. Clap : le mari qui, en regardant sa dulcinée, ne voit plus une épouse aimante, la femme dont plus rien n’effraie que le regard de son homme, cris, coups et blessures la nuit. Et bien entendu, le spectre d’un tel film d’horreur qui s’abat sur la petite fille ou le petit gosse terré dans un coin.

Assez squatté dans cette maison où le moindre craquement d’une fenêtre file la frousse parce qu’on croit que Papa vient de casser un autre bras de Maman. Où le simple frémissement d’un rideau fait hurler de peur, croyant que Maman s’arrache encore les cheveux avec la voisine, qui elle aussi, appelle étrangement Papa, son mari. Rassasiés de tels horreurs, l’enfant quitte sa paire de parents, jette le cahier dont il ne parvenait d’ailleurs plus à lire, et gagne soit la rue ou la ville; à la recherche d’un bon samaritain qui lui donnera peut-être une palette d’œufs à trimballer ou des marmites à laver.

Face à une telle saga qui tourmente bon nombre de familles à Butaganzwa, les femmes évoquées ci-dessus ne resteront pas les bras ballants. Elles vont mettre leur machine de leadership en marche. Regroupées dans différentes associations, elles se rendent dans les ménages, au marché, dans les champs, partout où le vivre ensemble dans le foyer bascule, organisant des travaux communautaires pour rencontrer l’homme et la femme, voire les familles voisines qui se regardent désormais en chiens de faïence afin de reconstruire le pont (au propre et au figuré) qui unit les deux parties.

Le résultat ? Maris et femmes retrouvent leur flamme, d’autres la recherchent encore sous l’égide de ces médiatrices. Les enfants regagnent peu à peu le chemin de l’école. Loin de s’envoyer les fleurs pour de tels exploits. Ce sont les chefs des zones Ninga, Butaganzwa et Nyabibuye qui confirment ce pas franchi: « Ces femmes ont mis le pied là où même peu d’hommes auraient pu, elles ont recousu le tissu social de la manière qui continue de nous étonner »

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