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Sans terre ni famille, le périple de Mukantagara

De l’ethnie twa, Bernadette Mukantagara ne se rappelle plus le jour où elle et sa petite fille auraient mangé à leur faim. Sans domicile fixe, elle gagne sa vie en travaillant dans les champs des voisins. En retour, ils lui paient en vivres, mais en quantités insuffisantes. Rencontre.

5 Avril 2019. La route qui mène vers la colline Gitwe dans la commune Bugabira est très inondée. Une pluie intense a débuté depuis le petit matin, freinant les pèlerins. A peine on peut voir les bordures de la route. « Vous savez à Kirundo, soit nous avons un soleil de plomb, au cas contraire, une pluie qui ne s’arrête pas » glisse notre guide, juste avant d’arriver où loge Mukantagara, à quelques mètres de la route.

A l’intérieur de la hutte construite en feuillage et en herbes dans la parcelle de Madeleine Kayobera, une bonne samaritaine qui lui aura temporairement morcelé un lopin de terre de 2m2, Mukantagara chauffe sa seule marmite sur les « amashiga ». Les feuillages trempés qu’elle met dans le feu dégagent trop de fumée à l’intérieur. Pas facile de voir ce qu’elle cuisine. A quelques pas de la marmite, une natte pour dormir. Et juste à côté, une vieille assiette et une autre petite marmite tailladée. « Je ne dispose que d’une seule assiette. Le morceau de la marmite fait office de l’assiette pour pâte », confie la « mutwakazi », sur un ton émouvant.

Et d’ajouter : « Le bonheur d’avoir de quoi mettre dans mon unique marmite n’est pas quotidien. Je cultive pour mes voisins qui me donnent en retour du haricot et/ou de la farine de manioc. Comme ça, moi et ma petite fille (Alice), nous pouvons manger une fois par jour. Mais, des fois, il arrive même que nous n’ayons pas l’opportunité. Cela me fond le cœur de voir la petite dormir le ventre vide. Trois ans que nous sommes dans ce périple. »

 Veuve, elle est vouée à elle-même

2017. Après la mort de son mari, Mukantagara migre vers Gitwe. Elle qui vivait à Busoni, sa commune d’origine, elle va fuir la famine pour errer dans la commune Bugabira avec sa petite fille, abandonnée par sa propre mère partit à la ville « pour se chercher une vie meilleure », raconte la veuve, qui gravite la cinquantaine.

« Du temps où je vivais encore avec mon mari, la situation était relativement très meilleure. On avait une petite portion de terre que l’on cultivait. Des fois, mon mari effectuait même des travaux qui ramenaient de l’argent à la maison. Jamais, je n’avais dormi le ventre vide. Aujourd’hui, je suis à bout de mes forces. Avec ma santé fragile, je m’efforce tous les matins d’aller chercher du travail dans les alentours, malgré la faiblesse et l’amertume afin que la petite survive », accolera-t-elle avec nostalgie.

Consciente des maladies liées à la malnutrition, Mukantagara se préoccupe toujours de mélanger du lengalenga aux haricots. « Des gens de bons cœur de mon voisinage m’en offrent souvent gratuitement. Je prends soin d’en préparer pour nous éviter ces maladies ».

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