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Site de Kigaramango : cinq minutes pour comprendre la détresse des déplacés

Depuis hier, les jeunes médecins volontaires réunis au sein de l’IMIF (Initiatives in Medical Intervention Fellowship) apportent une assistance sanitaire aux sinistrés de Gatumba. Une action certes louable, mais largement insuffisante par rapport à la situation qui prévaut à Kigaramango. Reportage.

1.314 ménages, 6.766 personnes. Voilà l’effectif de la population peuplant le petit site de Kigaramango, situé à droite de la sortie du quartier Kajaga. A l’entrée, des tentes entassées rapprochées accroche le regard. Ce sont les enfants qui accueillent. Ils y sont tellement nombreux, la plupart ont le ventre ballonné et les pieds nus sous un soleil de plomb. Devant la petite ruelle qui sert d’entrée au site, des femmes exercent de petits commerces de ndagala grillé, des légumes, et d’autres articles de première nécessité.

Apparemment, les clients ne se bousculent pas. D’autres femmes, surtout des vieilles mamans, s’entassent autour des tentes, d’autres dorment dehors. « Il fait trop chaud à l’intérieur. C’est tellement petit qu’on ne peut pas s’y reposer sous ce chaud soleil », marmonne une maman octogénaire. « Il peut vous sembler inimaginable, mais en réalité la plupart de ces petites tentes d’à peine 2 mètres carrés sur 1 m de hauteur abritent 7 personnes. Bienvenus à Kigaramango ! », Ajoute la grand-mère.

Un peu au centre du site, des échos de la musique donnent au site l’air d’une vie à la brésilienne. Des buvettes de fortune y sont érigées. Le vin de banane coule à flots, accompagne des brochettes de porc, sous la chaleur des tentes transformées en barza. Quelques hommes dansent, ou plutôt, bougent dans le sens du vent, sous effet de l’alcool, pour oublier peut-être les malheurs. Pas loin des fameux bars, des odeurs nauséabondes prennent les passants au dépourvu.

Les sanitaires, un luxe

« Aujourd’hui, c’est la fête au village. Une ONG internationale vient de commencer la construction des toilettes et des douches d’urgence. C’est une très bonne nouvelle », s’exclame Mélanie, une septuagénaire visiblement enthousiaste. Cependant, elle pense que ces toilettes ne seront pas fonctionnelles très longtemps. « Les trous font à peine 1 mètre de profondeur. L’eau souterraine se trouve juste à moins de 2 mètres. Les usagers sont assez nombreux pour les remplir en quelques jours. Ce n’est que provisoire. »

Allergique aux mauvaises odeurs (comme tout le monde), la grand-mère indique que pour leurs enfants, les mères creusent de petits trous autour des tentes, pour les refermer après usage. Les adultes se soulageaient dans les buissons autour du site, d’après elle.  « A un moment donné tout l’alentour sentait extrêmement mauvais. C’était devenu insupportable. »

L’insalubrité, le grand danger

Comme l’indiqueAugustin Nyandwi, responsable du site, les femmes et les enfants sont les plus nombreux, et sont par conséquent les plus exposés aux maladies. « Les enfants sont fragiles. Quant aux femmes, elles peuvent contracter des infections. ». Sans l’eau en permanence, l’hygiène et l’alimentation adéquate, ils attrapent rapidement les maladies liées à l’insalubrité.

Ce responsable exprime son désir de voir les sinistrés retournés chez eux, et interpelle le Gouvernement de bien réaménager la rivière Rusizi, pour éviter le même chaos durant la saison pluvieuse qui vient. Et de plaider également pour la reconstruction des maisons dévastées par la catastrophe récente, vu que tous les sinistrés sont majoritairement pauvres, incapables de le réaliser par eux-mêmes.

Touchés par la détresse sanitaire des sinistrés de Kigaramango, des jeunes médecins volontaires réunis au sein de l’association IMIF venus en rescousse, sont vite débordés. Une longue file se forme devant leur tente médicale, à peine installée. Même ceux qui sont visiblement bien portant viennent. « Au de-là des maladies diarrhéiques, des plaies pour les enfants et des infections pour les femmes, il se remarque des cas de traumatisme et les viols conjugaux. Les gens qui en souffrent ont besoin rapidement d’une assistance psychologique, surtout qu’ils passent leur temps sans rien faire. Ils sont débordés par la situation », explique Dr Hervé Tistou Hitimana, à la tête de l’association.

Dr Tistou indique que leur assistance durera jusqu’à ce que les sinistrés retournent dans leurs ménages, ou soient simplement délocalisés. Conscient de l’insuffisance de leur action, le jeune docteur plaide pour plus d’appui de la part de leurs pairs pour bien incarner le dévouement et la digne au serment d’Hippocrate.

La délocalisation, une option à considérer

Tharcisse Ndayizeye, environnementaliste, fait savoir que le gouvernement devrait trouver de nouvelles terres dans une zone non inondable pour les déplacés de Gatumba. Selon cet expert, les crues de la Rusizi et les inondations sont loin de s’arrêter suite au changement climatique devenu irréversible. Il indique que les précipitations qui s’annoncent pourraient empirer la situation si rien n’est fait. A bon entendeur …

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