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Ces points honteusement transmissibles…

©Jimbere | Séance d’écoute de jeunes élèves

Coucher avec son enseignant pour réussir, un mode opératoire qu’ont adopté certaines élèves. Condamné mais difficile à bannir, des responsables reconnaissent tant bien que mal l’existence de ce phénomène.

10h30 dans l’un des établissements secondaires privés de la ville Bujumbura. C’est l’heure de la récréation et dans la cour, élèves et professeurs fourmillent de part et d’autres. Ils  se côtoient, échangent, des ordres par ici, des répliques par-là, etc. N’eût-été l’uniforme de l’établissement et un surveillant -aux aguets qui interdit  chaque élève de franchir la clôture de l’école- rien n’indique l’existence  d’un établissement scolaire. Des minijupes,  des cheveux défrisés par ici, des tresses par-là, un maquillage osé bien plaqué, des boucles d’oreilles,…

Quinze minutes plus tard,  une cloche annonçant la fin de la récréation retentit. « Ni mwinjire basha », – Entrez s’il vous plaît – lance, sur un  ton familier,  un enseignant à deux pas de ses élèves. Ces dernières sirotent sans se presser des limonades et mangent des beignets. Après quelques minutes d’hésitation, M.I., directrice de l’école, finit par s’exprimer. Entre regrets et résignation, la réalité gêne. «Notre établissement est à plus de 80% féminine et le personnel enseignant est majoritairement constitué d’hommes célibataires», livre –t-elle.

Responsable de l’établissement depuis plus de dix ans, M.I. avoue timidement qu’elle a vu et entendu des « choses ».  Toutefois, tel un  souvenir qu’elle veut bien enfouir, M.I. affirme que les « incidents » sont moins nombreux depuis ces deux dernières années : «Une élève s’est dernièrement plaint d’un enseignant qui lui avait exigé de rompre avec son petit copain et camarade de classe, pour commencer une idylle avec lui. Il la menaçait de la faire échouer».

Sinon, le cas emblématique selon la directrice remonte à trois ans. M.I. confie qu’une enquête menée discrètement avait tout confirmée. «L’enseignent s’était vanté auprès d’un collègue.» Un comportement qui lui a coûté un licenciement immédiat. Dès lors, assure-t-elle, cette pratique n’est jamais réapparue publiquement : «Nous avons toujours des échos faisant part des familiarités entre élèves et enseignants mais rien de concret ou de vérifiable.»

Quoique M.I. admette que la responsabilité incombe à l’éducateur, elle dénonce des élèves qui sont prêtes à tout pour réussir : « Il y’a de cela quatre ans que  j’ai eu écho d’une élève qui avait réussi de la sorte. L’année scolaire suivante, je l’ai questionnée sur ces faits mais elle a tout nié. Avant de changer d’établissement ».

M.I. est consciente que certains incidents peuvent échapper à sa vigilance mais minimise : «Nous avons une organisation assez sérieuse. Si de tels pratiques existaient encore, je le saurais».

Une pratique  camouflée ?

Enseignant à cet établissement depuis une année, A.N. assure n’avoir jamais été témoin de ce phénomène. Sans rien affirmer, il confie que le mal n’est pas loin.

Les rencontres entre le corps professoral et la direction sont toujours ponctuées de remarques telles « Reka gutangira ama nota mu vyumba ». Bien que ces clins d’œil mettent subtilement en cause  le comportement « déplacé » des enseignants, A.N. assure que pendant cette année scolaire aucun incident n’a été signalé.

Toutefois, A.N. reconnaît que des échos font toujours état de familiarités inquiétantes entre  certains enseignants et élèves.  «Aucun professeur n’a été nommément pointé.»  Pour A.N. si cette pratique existe, elle est bien camouflée.

La responsabilité est partagée | P.M., parent voit ce phénomène autrement. Pour lui, toute conduite déplacée d’une élève incombe aux parents : «Abana b’ubu barataye indero», s’insurge P.M., parent d’un jeune lauréat de cet établissement. Il dit n’avoir pas hésité même une seule seconde à faire inscrire son enfant. «Cet établissement a une structure assez sérieuse contrairement aux autres établissements qui brillent par un laisser-aller et laisser faire », s’explique-t-il.

A la pratique de « kwi délibera », il ne veut pourtant pas piper mot. « Les seules rumeurs qui courent concernant cette école sont celles des élèves qui soudoient des enseignants par de l’argent et rien de plus !» Toutefois, nuance-t-il : «Certaines élèves se comportent en de vraies prostituées et cette faute revient en premier lieu aux parents.»

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