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Les VBG en ligne de mire du Festicab

Les violences basées sur le genre constituent l’une des violations des droits fondamentaux les plus fréquentes dans le monde et au Burundi. Dans le sillage du thème de la 12èmeédition en cours ː« Luttons contre les violences basées sur le genre », le Festicab a tenu un atelier autour de ce fléau de la société, ce mercredi 02 juin à Zion Hôtel.

« Dans le Burundi ancien, existait une pratique appelée ‘’gushinga amacumu’’, où la mariée était frappée par son mari dès les premiers mois du mariage en signe d’initiation au respect de ce dernier », fait savoir d’entrée de jeu Balthazar Habonimana, essayant de montrer comment certaines pratiques dans la tradition légitimaient l’hégémonie nocive de l’homme sur la femme.

Balthazar Habonimana, un des fondateurs de l’institution des Bashingantahe: «Les VBG persistent au sein des familles »

C’est le cas des pratiques comme gushing’icumu (pratique consistant à planter une lance dans la cour d’un autre homme pour lui signifier que sa femme est en train d’avoir des relations sexuelles avec un autre homme), guter’intobo (gestes subtils faits par le beau-père pour inviter sa belle-fille à coucher avec lui), gukanda umuvyeyi (coucher avec sa femme alors qu’elle n’est pas encore remise de la maternité).

La femme était donc beaucoup vue comme un objet à la merci des manies et appétences des hommes, et le fléau est toujours d’actualité même aujourd’hui s’il on en croit ce diplomate de carrière, un des fondateurs de l’Institution des Bashingantahe au Burundi ː « Pas mal de femmes sont frappées par leurs maris sous des prétextes divers pour leur signifier quelles doivent leur être soumises, souvent sous le coup de l’alcool ou des mauvaises compagnies.»

Et de pointer les espaces de production de ces violences notamment le foyer familial, principal lieu de production des VBG ː « Loin d’être le seul lieu de production, les VBG persistent au sein des familles du fait des représentations sociales de certaines pratiques qui ne sont pas considérées comme relevant de violences. Elles résultent des rapports de sexe qui autorisent à l’homme d’avoir des comportements déplacés à l’égard de la femme et qui sont souvent réduits à de simples conflits domestiques dont les victimes ne perçoivent pas la nécessité d’exposer au-delà du cercle familial ou amical », regrette-t-il.

L’ampleur du problème

Le nombre de femmes et de filles touchées par ce problème à travers le monde est stupéfiant. À l’échelle mondiale, on estime qu’une femme sur trois sera victime de violences physiques ou sexuelles au cours de son existence alors qu’une étude menée au Burundi en 2010 atteste qu’il n’existait aucune commune du Burundi ou les femmes ne subissent pas des viols et autres formes de violence basée sur le genre. « 5,9 % de femmes et filles ont déclaré avoir subie une tentative de violences basées sur le genre alors que 2,6 % déclarent avoir déjà subi un viol », stipule l’étude.

Selon les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de 2013, au moins une femme sur trois a déjà été battue, contrainte à avoir des rapports sexuels ou maltraitée de quelque autre manière, le plus souvent par quelqu’un de sa connaissance. Selon un rapport de 2014, les femmes violées sont au moins deux fois plus susceptibles de subir un avortement, et dans certaines régions, présentent 50 % plus de risques de contracter le VIH.

Et de l’avis de Dr Cléophile du Akindavyi du Commissariat municipal de santé à Bujumbura, les conséquences des violences basées sur le genre sont multiples ː « Elles mettent en péril la santé des victimes grossesses forcées et non désirées, avortements dangereux, fistules traumatiques, infections sexuellement transmissibles, notamment le VIH, allant même jusqu’à leur décès. Sans oublier l’atteinte à la dignité, et la sécurité des victimes, et le plus dur et qu’elles restent entourées d’une culture du silence, balayées sous le tapis. »

Ainsi, parmi les causes qui contribuent à la perpétuation des VBG, différents participants ont cité entre autres, la répartition des tâches ménagères entre garçons et filles dès le bas-âge mais aussi quelques éléments de notre langue, c’est ainsi que le garçon sera appelé « Igikingi c’irembo », le roc de la famille, alors que la femme est appelée « Umuzezwanzu », littéralement celle qui n’est chargée que des affaires de la basse-cour.

Yves Ndayikunda, Recteur de l’Université Lumière de Bujumbura

Parmi d’autres causes citées, figurent l’impunité dont jouissent les agresseurs, la crainte de la marginalisation de la part des victimes, le déficit de sensibilisation et de structures de lutte contre ces formes de violence. En outre, les violences basées sur le genre résultent également des pratiques et des situations observables à des milieux spécifiques comme à l’université.

Yves Ndayikunda, Recteur de l’Université Lumière de Bujumbura est revenu sur l’importance d’instaurer un climat sain porteur des germes de respect mutuel entre les genres dans un milieu académique. Le hic, dit-il, c’est la mentalité des étudiants qui viennent des backgrounds différents et qui a la fin de la journée ne peuvent comprendre au même niveau l’égalité des sans oublier les finances des universités qui ne permettent pas d’organiser assez d’activités allant dans ce sens.

Comment mieux agir contre ces violences basées sur le genre ?

Balthazar Habonimana invite les participants à épouser les valeurs d’Ubushingantahe dont les attributs sont le sens de l’honneur, la dignité, la maitrise de soi, le respect, la justice et la courtoisie.

Roméo Igwe, président de l’Amicale des musiciens du Burundi invite les ONGs et le gouvernement à s’associer aux artistes de diverses disciplines pour pouvoir mener le changement voulu dans la communauté. « Nous sommes plus écoutés par le public. Nous avons le potentiel de faire adhérer beaucoup de monde à cette cause », clame-t-il.

Roméo Igwe, président de l’Amicale des musiciens du Burundi

Carolle Bigirimana, étudiante en médecine et membre de l’African Woman Organisation (AWOR) qui a exposé sur les discriminations et stigmatisations des mères-célibataires, suggère aussi la sensibilisation à la masculinité positiveː « Il n’y a aucune vertu à dénier son propre enfant. »

Un club pour la promotion de l’égalité des genres existe à l’Université Lumière, fait savoir le recteur Yves Ndayikunda qui souligne aussi que des conférences-thématiques et des programmes de mentorats où les femmes à succès rencontrent les étudiants sont organisés.

Ladite Université dispose aussi d’un Master en Genres, le seul au Burundi. Pour cet universitaire, il faut comprendre que le respect des droits des femmes n’est pas une faveur qu’on leur fait comme beaucoup le pense mais un droit absolu : « Encore faut-il que des séances comme celles-ci et d’autres campagnes de sensibilisations soient régulières afin qu’elles produisent un impact. »

Clôturant l’atelier, Léonce Ngabo a abondé dans le même sens en invitant les participants à s’approprier les vertus de la masculinité positive pour les faire rayonner dans la communauté faute de quoi, un tel atelier n’aura été qu’un folklore inutile.

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