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« Ici, ce n’est pas ta place » : le calvaire de Constance, albinos et mère

C’est le témoignage poignant de Constance Katihabwa. Son fils, 3ans, est inscrit au Bujumbura Montessori School, une crèche à Kabondo. Depuis Buterere, où elle vivait, le matin, déposer son fils à l’école, puis se rendre au travail, au Ministère du Genre, dans le quartier asiatique, était devenu pénible. La solution : déménager. Une démarche plus rude qu’elle ne le pensait …

En Juin, elle commence à chercher une petite maison dans le sud de Bujumbura. Le budget de la jeune maman ne dépasse pas 150.000 Fbu. Là-bas, les maisons sont relativement plus chères qu’à Buterere. Par miracle, une amie lui trouve une locataire qui veut déménager de Kabondo. Les discussions entre celle-ci et Constance se règlent facilement.

Une tournure inattendue des évènements

« La maison remplissait tous les critères. Elle rentrait dans mon budget, et n’était qu’à 5 minutes de l’école de mon fils, et non loin de mon université (elle s’est inscrite en Master, Ndlr). J’avais trouvé mon coup de cœur. Mais, malheureusement, comme je suis habituée à des cas de refus, depuis mon enfance, j’ai demandé à l’ancienne locataire de préciser à la propriétaire que j’étais albinos. Comme si je m’y attendais un peu, elle a répliqué que je ne pouvais pas vivre dans sa parcelle prétextant que les voisins allaient se moquer de moi. Pour me décourager encore plus, elle haussé le prix du loyer. » Se livre la jeune maman.

Constance ne se serait pas sentie aussi brisée, et déçue, si cela s’était déroulé dans un milieu rural, où l’ignorance et les croyances, accentuent les préjugés. Mais, le fait qu’elle ait été écartée par une femme et mère « intellectuelle », censée comprendre l’origine de l’albinisme, l’a tout simplement laissé abasourdie.


Son enfance, une bataille pour la survie

« Ma vie d’enfant albinos était très dure, pour moi et ma mère. Je suis l’ainée parmi ces 3 enfants atteints d’albinisme. Certaines femmes ne se gênaient pas de lui dire qu’à sa place, elles nous auraient étranglés à la naissance. Les enfants refusaient de jouer avec nous, juste parce que nous étions albinos, différents. D’autres nous frappaient, nous pointaient du doigt, ou couraient derrière nous en scandant « Nyamwema ndakurya mu gitoke » (Albinos, je vais te manger avec les bananes – Traduction libre), et d’autres choses que je ne saurais exprimer », continue la jeune maman, larmes aux yeux.


Tout cela amenait Constance à se sous-estimer. Le changement s’est fait grâce à l’adhésion à l’association « Albinos Sans Frontières », et à la participation aux multiples sessions de sensibilisation sur l’albinisme. « Même avec mes problèmes de vision, j’étais déterminée à terminer les études. Je savais sans aucun doute que je voulais devenir juriste pour défendre toutes ces catégories de personnes minoritaires et discriminées afin d’affronter les injustices de la société. Et aujourd’hui ça fait environ deux ans que j’ai mon baccalauréat en droit à l’Université Lumière de Bujumbura. »


Dénoncer et éduquer pour le changement

A 29 ans, et conseillère à la Direction Générale de la Promotion de la Femme et l’Egalité du Genre, Constance pense que la meilleure manière de lutter contre cette stigmatisation est de sensibiliser sur le phénomène de l’albinisme, dès le plus jeune âge, à l’école ou dans les familles. « On nous accuse de nous isoler. Mais, en y réfléchissant, c’est compréhensible. Chaque jour, je reçois des témoignages d’enfants albinos discriminés : comme cette petite fille retirée du groupe de danse de l’église parce qu’elle attirait trop l’attention des chrétiens. C’est pourquoi dénoncer, est pour moi, l’option pour protéger les futures générations d’enfants atteints d’albinisme au Burundi. »

En attendant, Constance a trouvé une nouvelle maison à Kibenga, et la rentrée scolaire s’est bien déroulée pour son fils. Et au mois de novembre, elle commence ses cours en Master Genre, Institutions et Société, à l’Université Lumière de Bujumbura.

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