Les rencontres dans le Burundi profond montrent que les femmes en milieu rural se rendent comptent que la condition féminine n’est pas statique

A Gitega, Suavis Nibigira était au milieu de ses six enfants, dont l’aînée de 18 ans qui clôture l’École fondamentale avec les derniers cours en 9ème. Cette mère de 36 ans, originaire de Makebuko, en sait quelque chose sur l’éducation des filles.

D’abord, d’une voix calme, elle se félicite que les taches « féminines » d’autrefois sont autant accomplies par les filles que les garçons. Cuisiner, chercher du bois de chauffage, puiser l’eau… « tout le monde y va maintenant, sans distinction. L’école a permis de ne plus différencier la place des enfants dans la vie sociale selon leur sexe. Désormais, les femmes mangent même le mouton ».

Sa voix s’anime alors, prenant à témoin ses voisines qui sont venues la voir parler aux journalistes : « Mais ce changement n’est pas forcément bon. Regardez : nos filles ne rentrent plus tôt. Elles te disent qu’elles révisaient les cours ». Les autres mères présentes acquiescent : « Nos filles profitent du fait que la vie est devenue autant dure pour elles que les garçons pour se prévaloir des mêmes droits qu’eux. »

L’irruption de la téléphonie mobile…

Entre-temps, Suavis est montée sur un monticule, pointant un doigt vers le sud : « A Maramvya, il y a un endroit où l’on montre des films, dans une maison. Si tu y vas, tu trouveras des garçons et des filles entassés les uns sur les autres, en train de regarder je ne sais quoi. » Elle redescend du tas de terre manifestement venu du champ de bananeraies qui entoure sa maison en briques et tôles, montre un téléphone, murmure : « Si tu regardes dans leurs téléphones, tu y trouveras des choses innommables ». Tout autour, des visages pudiques se cachent dans des fichus.

La litanie ne s’arrête plus, désormais, tournant tout autour d’une sexualité débridée : des jupes courtes qui laissent voir les jambes, une promiscuité avec les garçons « incompréhensible, elles ne veulent pas comprendre que c’est dangereux », des grossesses non-désirées à la pèle, « surtout les élèves », insiste Suavis en me fixant par dessus ses verres de myope…. « Il n’y a plus d’interdit », conclut-elle.        

Sauf la religion et la succession…

A Ruyigi, Jeanne Karezi, 32 ans, qui se souvient d’ailleurs d’avoir fait à Kayongozi l’école primaire avec Francine Niyonsaba, la reine burundaise du 800 m, partage le même avis : « Les contraintes économiques du quotidien uniformisent l’éducation. On nous dit que l’école est le meilleur moyen de gagner sa vie : les garçons et les filles y vont tous, revenant avec des comportements similaires. Tous nous voulons gagner la vie décemment, nous faisons partie d’associations, etc.»

A Ruyigi, Jeanne Karezi, 32 ans, qui se souvient d’ailleurs d’avoir fait à Kayongozi l’école primaire avec Francine Ndayisaba, la reine burundaise du 800 m, partage le même avis : « Les contraintes économiques du quotidien uniformisent l’éducation. On nous dit que l’école est le meilleur moyen de gagner sa vie : les garçons et les filles y vont tous, revenant avec des comportements similaires. Tous nous voulons gagner la vie décemment, nous faisons partie d’associations, etc.» 

Des femmes sur vélo à Makamba, en passant sur de jeunes filles qui se promènent en collant en fin d’après-midi sur les routes de Bururi, Rutana ou encore Kayanza, téléphones en mains, le genre n’est plus réellement un déterminant apparent du comportement public. 

Jeanne a deux jumelles de 10 ans, et habite Murehe, vers la sorte du chef-lieu de la province : « A part les interdits religieux et la question de l’héritage, les femmes de nos jours n’ont plus d’autres restrictions. Sauf peut-être le fait qu’elles ne doivent pas rentrer tard le soir. » Un couvre-feu de 18h qui semble vraiment important: un groupe de filles de Nyanza-Lac, ou cette habitante de Bubanza, y insisteront toutes.

A propos de l'auteur

Journaliste, Directeur Exécutif du Magazine Jimbere

Roland Rugero est un journaliste et écrivain burundais né en 1986. Le métier de journalisme, il l’apprend avec le Groupe de presse Iwacu, dont il sera par ailleurs le webmaster éditorial de 2009 à 2014. Un temps chroniqueur de l’actualité politique burundaise, il dirige actuellement une équipe de jeunes journalistes burundais qui travaillent sur le premier magazine jeunesse au Burundi (www.jimbere.org). Il est également contributeur de World Policy Institute ainsi qu'à TakePart. Ancien du prestigieux programme international d’écriture à l'Université de l'Iowa (2013), médaille de bronze aux VIèmes Jeux de la Francophonie à Beyrouth en littérature, Roland Rugero a été cofondateur et animateur du salon littéraire Samandari, fondateur des prix littéraires Michel Kayoya (français) et Andika Prix ​​(anglais). Son deuxième roman "Baho!" Est devenu cette année le premier roman burundais à être traduit du français vers l'anglais.

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