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La dépression post-partum, le moins connu des maux

Depuis la nuit des temps, la naissance du nouveau-né dans une famille est un événement heureux. Des fêtes, les unes plus avenantes que les autres, avec des congratulations tous azimuts pour les parents, s’organisent. Mais des fois, sans que l’on s’y attende, un mal ronge les parents, surtout la maman, après la naissance du bébé…

Difficile d’imaginer qu’un accouchement, ce moment de « délivrance » soit suivi d’un mal aussi terrible que la dépression. A.M, une mère de 3 enfants, fut témoin d’un phénomène qui lui a presque arraché le bonheur qu’elle venait d’avoir après la naissance de son 3ème garçon.

Après un accouchement par césarienne, elle a eu du mal à vivre pendant pas mal de temps la naissance de son bébé : « Je ne comprends pas jusqu’au aujourd’hui ce qui m’avait pris. Je me sentais anxieuse, angoissée, incapable de prendre soin de l’enfant ou de ne pas être une bonne mère alors que j’étais mère de deux adorables enfants. Bref, tout était confus dans ma tête. »  

La dépression post-partum est un trouble psychologique qui survient après la naissance du bébé surtout chez une femme, caractérisé par une profonde tristesse sans raison apparente, un épuisement permanent ou des problèmes de sommeil, un sentiment de dévalorisation ou une culpabilité excessive (impression d’être une mauvaise mère, difficulté à établir un lien avec votre bébé), un sentiment d’irritabilité et de refus de votre bébé, une extrême anxiété, une incapacité à s’occuper correctement de son enfant, un désintérêt pour les activités ou un manque de plaisir durant celles-ci, un changement d’appétit, le sentiment que les choses ne s’amélioreront jamais.

Les signes du mal

A la différence du baby blues qui dure généralement jusqu’à 2 semaines et qui est relativement modéré, la dépression post-partum dure plus de 2 semaines après l’accouchement et est invalidante, perturbant les activités de la vie quotidienne.

Comme l’explique le psychologue Janvier Kwizera, il n’existe pas de cause unique à la dépression postnatale, mais plutôt une combinaison de facteurs qui peuvent tous jouer un rôle dans son déclenchement : « Les causes biologiques et les modifications hormonales favorisent la survenue de ce trouble de l’humeur. »

Il s’agit du sentiment de perte lié à la fin de la grossesse, des conditions psychologiques difficiles comme la solitude, les conflits conjugaux, un soutien conjugal insuffisant ou inadéquat, manque d’aide familiale et sociale, des soucis financiers, de logement ou de travail, des difficultés à allaiter son nourrisson, un accouchement difficile et des problèmes de santé qu’il a pu engendrer par la suite, etc.

Face à une maman en état dépressif, indique le psychologue, le bébé peut développer des troubles de l’alimentation, du sommeil ou, plus généralement, du comportement. 

Il ajoute que les femmes et le bébé ne sont pas les seules à risquer de développer une dépression post-partum : « Des conflits au sein du couple naissent souvent de la dépression postnatale. Elle se manifeste de différentes façons chez l’homme notamment par la colère, l’irritabilité, l’agressivité ou une consommation abusive d’alcool. »

 Traitement et pris en charge

Le traitement de la dépression postpartum peut comprendre des antidépresseurs et une psychothérapie donc le recours aux spécialistes de santé est nécessaire notamment les psychologues et les psychiatres.

Janvier Kwizera suggère qu’un plus de ce traitement, un accompagnement et un suivi pré et post natal chez la femme est indispensable. Il regrette que ce phénomène soit moins connu et reste tabou surtout que les sujets atteints sont toujours ne sont pas toujours compris dans notre société : « Le mieux qu’on puisse faire est d’oser parler ce qu’on ressent afin d’avoir un traitement adéquat. »

Et d’interpeller tout sujet atteint par ces symptômes de se faire dépister tôt par le personnel soignant afin d’éviter les formes graves de la maladie que sont notamment les pensées suicidaires pouvant conduire à des situations désastreuses.

Un article rédigé par Adiel Bashirahishize dans le cadre du stage au sein du Magazine Jimbere comme un ancien du programme « Enfants journalistes » de l’UNICEF Burundi.

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