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Société

Enceinte, obligée de se rendre à l’hôpital le plus éloigné

Elle, c’est Tuyisenge, 20 ans. En 2015, elle est tombée enceinte alors qu’elle était encore élève au secondaire, en 7ème année. Des années après, par manque de moyens, elle n’a pas pu reprendre l’école. Un témoignage poignant, et malheureusement ce n’est pas un cas isolé. 

Cette question de grossesses non désirées parmi les adolescentes est notamment prise au sérieux par le Cordaid. Le 10 septembre l’organisation pilotait la campagne « Zéro Grossesse chez les adolescentes en dehors du milieu scolaire » dans la commune Mugamba (Bururi). Au programme, du théâtre interactif, un moyen efficace pour aborder cette problématique dans les communautés.

Avant d’entrer dans les détails de l’évènement, parlons un peu de la triste histoire de Tuyisenge*. Orpheline de mère, les relations avec ses parents, son père et sa belle-mère, n’ont jamais été cordiales. Et quand elle est tombée enceinte, ils l’ont chassée de la maison l’accusant d’être la « honte de la famille ». Même ses amis ne lui ont servi d’aucune aide.

Avec tout cela, elle a pensé à avorter. « C’était dur. Je me rappelle qu’au lieu de me rendre au CDS le plus proche, à 15 minutes de la maison, pour échapper aux yeux de la communauté, j’étais obligée de parcourir un trajet d’une heure et 30 minutes pour joindre l’hôpital le plus lointain possible. » Tant bien que mal, heureusement, elle a pu accoucher.

Son mot, conseil à ses pairs ? « Je ne souhaiterais à personne ce qui m’est arrivé. Je conseille aux plus jeunes (filles) de faire plus attention. Si ce n’était pas Menyumenyeshe, au pont où je suis, je n’aurais pas pu avoir les moyens d’assurer les besoins les plus élémentaires. »

Revenons sur l’activité de Mugamba

« Luttons contre les grossesses non désirées et leurs conséquences chez les adolescentes et les jeunes ». Voilà le thème de la campagne. Comment alors aborder cette question de grossesses non désirées avec les plus jeunes ? Pour le Cordaid, il a été évident d’axer le débat sur ses conséquences.

Comme la veille à Bukeye (Muramvya), 10 GS (Groupes de solidarité) encadrés par le Cordaid dans le programme Menyumenyeshe, ont été mis en compétition à Mugamba : ils devaient présenter un sketch ou une chanson. Le fond et la forme devraient permettre de primer les meilleurs numéros. 

Dans leurs prestations, les GS ont rappelé les conséquences des grossesses non désirées. « Les plus jeunes constituent la proie facile des adultes mal intentionnés. Pour les jeunes filles, l’argent facile les attire dans des situations souvent à l’origine de telles grossesses, ou encore des maladies sexuellement transmissibles. Celles-ci sont alors chassées de la maison, abandonnées par les amis, la communauté. Souvent incapables de supporter la situation, elles sont alors poussées à l’avortement ou à l’infanticide. Certaines y laissent la vie, d’autres se retrouvent en prison. » Bref, tel était le message commun des sketchs et chansons produits par les sketchs.

Les parents et l’administration, comment voient-ils la question ?

Nous avons interviewé Christophe Nkezabahizi, la soixantaine, l’un des parents présents lors de ses activités. Pour lui, la responsabilité est partagée. « Nous [les jeunes et les parents] avons tous notre part de responsabilité. Les jeunes doivent écouter les conseils des parents, des adultes. Travailler dur pour gagner honnêtement leur vie. Penser à long terme, et ne pas se laisser bernés par des cadeaux empoisonnés qui ne durent pas.   Et les parents doivent être plus proches de leurs enfants pour leur indiquer à chaque fois que de besoin. » Ce constat sera le même que celui l’administration.

*Pseudonyme

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