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Jimbere Mukenyezi

La burundaise toujours privée de l’héritage familiale

Au moment où le monde célèbre la journée internationale de la femme africaine, au Burundi l’autonomisation de la femme reste encore un défi à relever. Bien plus, la femme burundaise est toujours officiellement bannie de l’héritage familiale même si certains textes de loi lui donnent ce droit.

L’accès à la terre ! Voilà le résumé du mot « héritage » dans la conscience burundaise. Ceci remonte de la période précoloniale. Lorsqu’un fils se mariait, son père lui donnait un terrain pour bâtir une maison. A sa mort, les frères étaient les seuls à hériter du père. Les vaches, le bovin et bien d’autres biens leur revenaient. En ces temps-là, il n’y avait pas de gros problèmes car les terres excédaient sur la population. Aux hommes, les terres et les vaches ; à la femme, les enfants et les marmites.

Dans un article de l’historien journaliste et chercheur Jimmy Elvis Vyizigiro, jusqu’en 1960, la fille héritait mais ne possédait pas le droit à la légitimité. Après, le Tribunal du Mwami a décidé de donner droit aux filles de succéder à leur père en l’absence de garçon sans devoir recourir aux oncles paternels. Mais l’héritage leur était interdit. Concernant les filles célibataires condamnées à rester dans l’enclos familial, la coutume leur reconnaissait une portion de terre qu’elles exploitaient en usufruit. Après la mort de son mari, une veuve bénéficiait un lopin de terre sur la propriété de son père pour assurer sa survie et celle de ses enfants. « Quand elle n’avait pas d’enfants, elle était généralement chassée ou alors on lui proposait comme mari, un des frères de son défunt époux. » poursuit Jimmy l’historien.

Les temps ont changé mais les coutumes…

Nul ne peut ignorer que vivre au dépend de la terre est aujourd’hui une carte verte à la pauvreté. A côté des activités champêtres, le mari doit chercher des sous pour payer les frais de scolarité, soigner sa progéniture sous l’aide et le soutien de sa belle Dame. Qui plus est, elle contribue au bien-être de sa famille. Son soutien reste inconsidéré par la gent masculine qui s’appuie sur le poids de la religion et les pesanteurs socio-économiques se mêlant aux règles du mariage coutumier sur celles du civil.

Selon l’article 13 de la constitution burundaise, aucun citoyen ne doit pas être exclu de la vie économique du fait de sa race, sa langue, de sa religion, de son origine ethnique ou de son sexe. Et l’article 22 appuie : « Tout les citoyens sont égaux devant la loi qui leur assure une égale protection… » Mais malheureusement, les législateurs et la juridiction burundaise préfèrent suivre la coutume lors de l’application de la loi. Car en 2004, une loi relative à l’héritage équitable entre frères et sœurs a été étudiée mais n’est pas encore adoptée jusqu’aujourd’hui.

Et si elle héritait… ?

Personne ne peut nier l’importance du rôle des femmes dans les activités socio-économiques. Au Burundi, ces femmes qui cultivent la terre sans pour autant avoir le droit d’en posséder représentent 51,6% des agriculteurs.

Bien plus, dans les ménages péri-urbains et urbains, grâce au commerce et à un travail rémunéré, elles apportent de l’argent dans le trésor familial.

Actrices incontournables, ces dernières interviennent dans tous les secteurs de l’économie mais essentiellement dans le secteur informel. Les données de la Banque Mondiale récoltées dans dix pays d’Afrique en 2019, indiquent qu’en moyenne les entreprises appartenant à des hommes bénéficient de six fois plus de capital que celles aux mains de femmes. Cela est dû à un faible accès aux financements par manque de garanties en biens, parcelles, maisons ou autres.

Dès lors, la question ici est de savoir où va un pays se classant à la 1ère place des pays avec un PIB plus bas (276$ par habitant par an) dont 51% de sa population (les femmes) sont freinés économiquement par leurs frères juste parce que l’ancienne coutume l’exige.

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