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Francine ne veut pas briller seule pour le Burundi

Unique burundaise à détenir une médaille olympique après son exploit historique à Rio, Francine Niyonsaba pense déjà à la relève. Ce dimanche 20 novembre, grâce à la Brarudi, elle organisait une compétition de cross-country dans sa province natale pour que « les étoiles inconnues apparaissent »…

D’abord, elle est comme ça, la jeune femme de 23 ans aux allures garçonnes originaire de Bweru, une localité tapie au bord du parc de la Ruvubu : directe. Le stade réuni, la sueur perlant encore sur les fronts des athlètes venus de tout le pays, Francine fixe la tribune d’honneur remplie pour cette édition de cross-country inédite. A ses côtés, Antoine Gakeme, le juaguar burundais des 800 m, et la nageuse Elsie Uwamahoro, tous ambassadeurs du Burundi à Rio.

Francine lance donc: « A part Dieudonné Kwizera, le président de la Fédération d’Athlétisme du Burundi, aucun autre officiel parmi la délégation à Rio ne m’a appelé pour me féliciter la nuit où j’ai eu ma médaille. Personne. » On sent que ces mots, elle les avait depuis des semaines. Révérien Ndikuriyo, le Président du Sénat hoche la tête, le ministre de la Jeunesse et des Sports se raidit, la maman Francine baisse la tête, l’ambassadeur des États-Unis, à laquelle on traduit la remontrance n’en croit pas ses oreilles, l’assistance soupire de honte.
Il y a là des sénateurs et députés de la province Ruyigi, ainsi que des hauts dignitaires originaires du coin comme le Commissaire général de l’OBR en chapeau cow-boy. Tous sont venus de Bujumbura pour « soutenir la petite-sœur Francine ». Mais surtout marquer quelques points « politiques » en jouant aux fans de sport aux côtés du puissant président du Sénat, membre influent du parti au pouvoir et président de la Fédération de Football du Burundi (FFB).

Car si les gens s’intéressaient vraiment au sport, cela se saurait : la centaine de jeunes qui viennent de faire du cross-country au chef-lieu de Ruyigi ont couru pieds-nus, pour la plupart. La compétition elle-même a été financée par la Brarudi, de bout en bout. Quant au président de l’Association d’Athlétisme de Ruyigi (AARU), il a imploré « de l’aide ».
Pour détendre l’atmosphère, Révérien Ndikuriyo a demandé en kirundi à l’ambassadeur américain plus de visas pour les athlètes burundais… L’ interpellée a ri, l’assistance a applaudi, soulagée.
Et puis, le Ministre en charge des Sports a juré que « pour faire émerger les talents du Burundi, le gouvernement va rétablir le brevet d’athlétisme ».

Avant de chausser du Nike, du gravier dans les orteils

Ensuite, Francine est lucide. Elle connaît ce pays, elle sait comment on aime y jouer aux intéressés sans vraiment y mettre du cœur, et la voie caillouteuse du succès : « Aujourd’hui, c’est moi qui brille. Demain, ce sera vous. Il faudra travailler dur. Vos orteils nus vont souffrir sur le gravier chaud de ce stade, comme les miennes il y a cinq ans. Persévérez, et un jour vous porterez des chaussures de course. »

Ce discours de grand-sœur prévoyante, la recordman du 800 m la tient notamment à Vianney Niyomukunzi (22’33 »34), Onesphore Nzikwinkunda (22’33 »56), Lin Ndayipfukamiye (23’18 »62), les premiers au cross-country masculin, 8 km à courir au chef-lieu de Ruyigi. Tous viennent des hautes terres de Songa, dans cette province de Bururi, grande pourvoyeuse de talents athlétiques burundais.
Francine s’adresse surtout à ses petites-sœurs Cavaline Nahimana (18’39 »34) de Songa aussi, Elvanie Nimbona (18’43 »08) de Gitega ou Francine Niyomwungere (19’06 »64) de Mwaro, les trois premières au cross-country féminin qui s’étalait sur 5 km.

L’ambassadeur américain Anne Casper a loué le courage de ces athlètes en pousse, « qui sont une inspiration pour la jeunesse du Burundi ». En kirundi, elle n’a pas résisté à rappeler que Francine s’entraîne dans l’Oregon, aux US.
Francine, justement, qui a dit au-revoir au stade de Ruyigi en fixant le prochain rendez-vous avec l’Histoire : Tokyo, en 2020. D’ici là, courir, courir, courir…

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