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Héroïnes inconnues de la paix au Burundi : des personnages de livre aux visages vivants

Le combat, l’amour, la bravoure, les risques, les sacrifices de ces activistes de la paix que Christine Ntahe met en évidence dans son recueil sont très émouvants. Mais une interrogation restait, tout de même: sont-elles réelles ou viennent-elles d’un catalogue ? Le lancement officiel de « Elles, un hommage aux oubliées » ce vendredi 8 février était une occasion de mettre des visages sur les récits.

Elles étaient là. Pas toutes, bien entendu. Dix de celles encore en vie. On pouvait les voir, les entendre, discuter, rire avec elles, et prendre quelques selfies au passage, pour la postérité. « C’est un sentiment merveilleux de rencontrer enfin ces héroïnes en vrai », dira Annick Nsabimana, une ancienne journaliste du Studio Ijambo qui avait croisé certaines de ces femmes au début des années 2000.
Émerveillement et admiration, des mots qui reviendront sur les lèvres des différentes personnalités présentes, dont l’ambassadeur des Etats-Unis au Burundi, Anne S. Casper, le délégué d’ONU-Femmes, l’historienne Christine Deslaurier, qui aura relu le recueil, et bien d’autres invités de marque.

Devant une pile de micros et d’enregistreurs à la main de la presse, ces héroïnes ont relaté leur combat pour le retour de la paix et l’unité entre Barundi. C’est le cas par exemple de Mariam Ndayisenga, une ancienne combattante du Cndd-Fdd native de Kinama, telle qu’on le murmure communément encore, qui confiera à l’audience, l’histoire de sa rencontre avec Ntahe ainsi que son combat pour la réconciliation des « quartiers ennemis », la protection des orphelins et des femmes victimes de viol.

Telle une véridique « histoire d’une haine manquée », Marie-Rose Nicimpaye, femme d’ethnie hutu, mettra l’accent quant à elle sur les quatre jeunes filles qu’elle aura cachées. Des enfants tutsis dont les parents avaient été tués au cours des massacres ayant suivi l’assassinat du Président Ndadaye en octobre 1993. Elle a failli y rester.
Aujourd’hui elle porte encore des cicatrices des lames de couteaux aux bras et au dos lui infligées par « des voisins hutus qui ne supportaient pas qu’elle ait pu protéger des enfants tutsis. »Mais tout ce qui importe aujourd’hui, lâche-t-elle, est que « ces enfants cachés sont tous encore en vie.»

Ce lancement du recueil donnera aussi la parole à Zenaïdi Nagashira. femme twa. Un mari tué et une de ses filles victime d’un coup de machette dans le dos. Discriminée par les deux ethnies, Nagashira a vécu une errance fatale et presque sans issue. Mais un jour, le soleil se leva. Elle rencontra Eugénie Bancako, pionnière de l’association Habamahoro, elle, aussi présente à la soirée. Cette association fit tout pour contrer l’ouragan de haine, rassemblant femmes hutu, tutsi et twa autour des projets de développement. On est à Karusi, au nord du pays.

Entre autres étoiles qui ont éclairé le « Pays de Mwezi », alors qu’il fonçait droit dans un trou noir, se trouve Georgette Mahwera surnommée « General » et Yvonne Ryakiye, une hutue de Kanyosha. La première est une de ces footballeuses de Kinama qu’on caricaturait de folles. « Celles qui jouaient au foot en pagnes pour rassembler et réconcilier ». Son action pour trancher les litiges, ramener l’ordre, la clé de la prison en main, lui vaudra le surnom.

Hutus à gauche, tutsis à droite ! La scène du film Na Wewe aura été une histoire réelle entre les zones de Musaga et Kanyosha. La rivière Kanyosha étant la ligne rouge entre les « deux peuples ». C’est grâce aux actions, aux visites hyper-risquées de Ryakiye, son amie Léonie Barakomeza, une tutsi de Musaga, et bien d’autres femmes de courage, que les « deux peuples » en redevenus qu’un, rouvrant écoles et marchés, et enterrant ainsi le climat de méfiance et de défiance.

La soirée aura été chargée d’une intensité exceptionnelle. Loin le genre de débat où s’entrechoquent de vieilles histoires d’intérêts, de ressentiments venimeux, du ping-pong de responsabilités ou de craintes. Mais plutôt un échange édifiant sur la mémoire, ce passé qui aide à soigner l’âme, à apprendre, comprendre, transmettre et pardonner.

A la jeune génération qui n’embrasse, bouche ouverte, que les hits et films hollywoodiens du moment, tout en perdant à petit feu la connexion à ses origines, Roland Rugero rappellera qu’« on ne peut pas prétendre faire mieux que nos parents sans savoir ce qu’ils ont traversé ». D’où tout l’intérêt de financer la traduction, l’impression et la distribution de ce « riche trésor » afin qu’un grand public puisse s’imbiber de ses leçons – et la diaspora surtout.

Mais, un petit conseil ! Quand vous lirez ce recueil, munissez-vous d’un mouchoir. Vos glandes lacrymales pourraient vous trahir à tout moment. C’est du moins les expériences d’Onesphore Nibigira, le traducteur du livre en kirundi, et de Muco Ange-Brielle, une lectrice.

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