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« Les larmes de crocodile » font pleurer en Ouganda

©Jimbere | L’un des moments clé de la pièce, avec Sheila, jeune fille qui découvre avec désespoir qu’elle a des menstrues

17 danseurs et acteurs d’Irivuga Art Company avaient pris part à la 6e Édition du Festival International de Théâtre de Kampala, du 26 au 29 novembre, pour présenter leur pièce « Les larmes de crocodile ». Les trois représentations, faites respectivement à l’Ambassade des Pays-Bas en Ouganda, au Musée National et à l’Ecole Française les Grands-Lacs de Kampala, ont fait pleurer plus d’un

«Vous nous avez épatés ! Ce que vous avez montré comme vie au quotidien au Burundi, nous le vivons aussi dans notre société», dit en mi-sanglot, un spectateur originaire du Pakistan. Des mots réconfortants pour des jeunes de Bujumbura qui ne savaient rien de solide à la danse artistique, il y a trois mois.

Car si le public ougandais a apprécié la prestation de ces artistes burundais, c’est par le sérieux du message transmis à travers la pièce. Partout, les spectateurs ne jurent que par les thématiques développés et le jeu des jeunes danseurs d’Irivuga: « Ils touchent tout ce qui noue les relations interhumaines. Ils parlent, dénoncent, critiquent et trouvent des voies de solution aux travers sociaux, d’une façon sérieuse et dans un humour pince-sans-rire, à travers l’expression du corps », s’exclame une enseignante de l’école française de Kampala.

Rappelez-vous : il y a trois mois, encadrés par l’anthropologue et chorégraphe Feri de Geus, venu du Grand Cru, une dizaine de jeunes burundais ont été formés au théâtre et à la danse contemporaine.

Jusque-là, rien ne se présageait un succès futur. Mais, pendant les moments de discussions lors des pauses, les jeunes racontent des histoires vécues, vues ou entendues dans leurs quartiers. « Ces récits sont devenus le point de départ des ‘‘Larmes de crocodile’’ », révèlera Sheila Inangoma, leader du groupe.

Dès la première présentation de la pièce à l’IFB, le 15 octobre 2019, la troupe est allée de succès en succès, au point de conquérir les cœurs des Bujumburois.

Qui n’a pas eu un haut-le-cœur quand, dans la pièce, l’actrice mimait une femme violée, poussant un cri de détresse après les faits ? La pièce remue la société en décrivant l’amour, la cohabitation, la joie, la violence domestique, la tolérance, les pleurs, l’hypocrisie, l’influence des ONG dans les communautés africaines, l’égalité de genre, l’union, le partage culturel, la réconciliation…

Kampala, réussite après moult défis…

Présenter la pièce en anglais et devant le public anglophone a été un travail de longue haleine. Le premier défi a été la prononciation, pour véhiculer les émotions à travers une langue que l’on ne maîtrise pas (et que l’on ne pratique presque pas).

« Faire comprendre aux spectateurs qu’on a peur, qu’on est en colère, qu’on est dans la joie… Nous avons été sauvés par notre chorégraphe et l’envoyée de l’Ambassade du Royaume des Pays-Bas aux Burundi, qui nous ont coachés sur la prononciation », déclare Inangoma. Avant d’ajouter que les corps et la danse ont été d’un grande secours « là où la langue a fourché ».

Un autre challenge: le manque d’espace pour les répétitions, à Kampala. « On devrait improviser dans les restaurants en mangeant, dans nos chambres d’hôtel avant d’aller dormir », ajoute Audreille Sibomana, la plus jeune actrice du groupe. Ce n’est même pas la pluie qui empêchera les artistes d’Irivuga de se produire sur le béton du terrain de basketball de l’Ecole Française de Kampala…

Tout est bien qui finit bien…

Financé par l’Ambassade des Pays-Bas au Burundi, ce tour des « Larmes de crocodile » à Kampala s’est transformé en pleurs des spectateurs. « L’art ouvre la discussion et transcende les différences, brise les barrières. Si une personne vient et te dit, c’est touchant, j’ai pleuré, c’est que quelque part, elle se met dans la peau de celle qui souffre (joue) sur la scène et que dans la vraie vie, elle éviterait toutes ces difficultés aux autres », se confiera Alain Kay, acteur, après la représentation.

« Nous sommes rentrés convaincus que l’art unit les personnes qui se croyaient totalement différentes. C’étaient des Palestiniens, des Allemands, des Kényans qui ont demandé que ‘‘Les larmes de crocodile’’ soit jouée dans leurs pays, et qui nous ont acclamés », se félicite Inangoma.

©Jimbere | Après la présentation de la pièce à l’école Française de Kampala, les acteurs d’Irivuga ont répondu aux différentes questions des élèves
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