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Menstrues, la bête noire des parents

Parler de menstruations reviendrait à parler de sexualité, sujet tabou s’il en est dans la société burundaise. Mais que transmettre quand l’on ne sait rien soi-même ?

« Mon cycle menstruel … » Gênée, elle jette un regard tout autour pour voir si personne n’écoute. Avec un sourire forcé, elle finit par se confier d’une voix à peine audible : « Chaque mois je vois mes règles. C’est ce qui importe. Quant à savoir si je suis régulière ou irrégulière, ce serait mentir. Je n’en sais rien. Et d’ailleurs, quelle importance ? »

Elle, c’est Amina Nduwayo, mère de quatre enfants, qui tient une boutique alimentaire à Rumonge. Elle partage sa philosophie avec la plupart des femmes de cette région, mais certaines, très rares, sortent du lot. Aïsha, mère de trois enfants, assure que c’est grâce à la maîtrise de son cycle menstruel qu’il lui est facile de réguler les naissances. « Lorsque nous nous sommes mariés, nous avons décidé d’avoir seulement trois enfants. Étant donné que je n’utilise aucune contraception, le seul moyen d’y arriver c’est d’être à l’écoute de mon corps», explique cette musulmane. Et jusqu’à présent, elle assure que cela marche bien, beaucoup plus grâce à sa bonne étoile, d’ailleurs : « Vous savez, je suis réglée comme une horloge, et il est vraiment difficile de me tromper dans mes calculs », se félicite-t-elle.

Un sujet très glissant

Certaines de ces mamans ont des adolescentes, et il leur difficile de parler du cycle menstruel. « Je suis une pauvre paysanne illettrée. Les rares fois où j’ai voulu aborder le sujet, je me suis retrouvée face à un mur. Ma fille se renferme sur elle-même, elle me répond toujours : Maman, je sais tout, d’ailleurs j’en sais plus que toi», explique une paysanne de Bururi.

Pour d’autres mères, il n’est pas facile de parler de cela avec leur fille d’autant qu’elles estiment qu’une fois «réglée», leur fille n’est plus considérée comme un enfant. «Personnellement, j’aurais souhaité en parler avec ma fille, mais que lui dire ? Je lui achète les serviettes hygiéniques dont elle a besoin, c’est tout.»

Un aveugle ne peut diriger un autre aveugle

Emmanuela Nyandwi, une jeune maman de Bujumbura rural, concède que tout ce qu’elle sait du cycle menstruel, elle l’a glané lors des formations sur le planning familial. « Avant d’être mariée, je ne savais strictement rien », avoue-t-elle. Difficile de donner une chose qu’elle n’a jamais reçue.

D’autres, plus âgées, veulent perpétuer un système, qu’elles jugent plus en accord avec les valeurs d’un murundi. Dévote Niyonkuru, une septuagénaire de la commune Songa, estime que les femmes sont préparées à cela depuis leur enfance car elles en parlent souvent entre elles. Mais voilà : chacune est « réglée » différemment. « À notre époque, ce sont les tantes paternelles qui assuraient ce rôle d’éducation des jeunes filles pour les préparer à la vie de couple, une fois mariée bien sûr ! », se remémore-t-elle avec nostalgie.

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