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Musique

« Niki Dave », la star de l’orchestre Amabano : l’histoire moins connue

Dans la foulée de la dislocation du premier orchestre national burundais œuvrant au Département des Arts et de la Culture (ministère de la Culture), un nouvel orchestre va naître et porter le nom de Amabano. Celui-ci servira de transition entre la grande époque des orchestres et l’avènement des artistes modernes talentueux …

Tout s’est joué lors d’une rencontre à Nairobi du groupe Explorers avec le Conseiller d’alors à l’ambassade du Burundi au Kenya, Jean Baptiste Mukuri. Nous sommes toujours vers la fin des années 1970. Celui-ci va planifier son retour au pays natal et fera part de cette initiative au Directeur de la Radiodiffusion nationale du Burundi, Athanase Karayenga qui l’avait déjà dans ses plans depuis longtemps.

En février 1978, la troupe qui va atterrir à Bujumbura était constituée d’Antoine-Marie Rugerinyange (« Africa Nova », chanteur), Tula wa Lupini (trompettiste), David Nikiza (alias Niki Dave, chanteur et Chef d’orchestre), « Super wa Super » (batteur), Antoine Ntiruhwama (« Tanga », guitariste-chanteur), John Kagenda (bassiste). Elle va combler le ravin laissé par l’orchestre national en pleine décrépitude.

« Niki Dave », pièce maitresse de l’orchestre  

Tout s’est orchestré autour de ce fils de Vugizo (Mairie de Bujumbura), créateur et chef de la bande. Sa passion pour la musique éclot lors de son séjour à l’Ecole moyenne pédagogique de Kibimba, où il va bénéficier d’une solide formation musicale de la part des professeurs missionnaires américains. Plus tard en 1965, lorsqu’il étudiait à l’Athénée Mwami Mwambutsa IV de Bujumbura entre 1970 et 1972, il interprète avec brio des chansons européennes très adulées par la jeunesse de Bujumbura.

Mais, suite aux évènements tragiques de 1972, la vie de la nouvelle star va très vite bousculer. Il va être obligé de prendre le chemin de l’exil vers le Rwanda où son talent ne tarda pas à se faire remarquer dans les bars les plus branchés de Kigali. C’est là qu’il va faire sa première rencontre avec « Africa Nova » lors de l’enregistrement de sa première chanson « Rencontre sur le Mont Kigali ». En outre, sa maîtrise parfaite du Français va lui valoir d’être recruté à la Radio Rwanda dans le service animation. Il va continuer sa carrière musicale dans l’orchestre « Fellows » avant de s’envoler pour le Kenya en 1974. De là, il va fonder l’orchestre Explorers qui va enclencher succès sur succès, avant de prendre la route du retour au Burundi.

Son retour fut un véritable choc dans l’univers musical burundais. Dans son livre « De l’inanga à la guitare classique », Mgr Justin Baransananikiye se rappelle de ce changement : « Les orchestres existant revoyaient leur travail et retouchaient les imperfections après avoir écouté les œuvres de Nikiza. Bien plus, les mélomanes, de leur côté devenaient plus exigeants et n’acceptaient plus que nos groupes chantent et jouent de la guitare n’importe comment. »

« Niki Dave », dans l’œil du cyclone

L’auteur de « Urantunga mu bandi », « Sinarinzi ko norize » ou « Shoreza inyambo » va encore sortir « Umugore w’ubu ni temba ntereke », un titre qui va chambouler toute sa carrière. En effet, Nikiza fut chassé de l’orchestre et sa chanson censurée car jugée trop « outrageuse ». Mais en vérité, cette chanson relatait l’histoire vraie d’« une dame très influente qui ne l’avait pas prise de bonne oreille », révèle Mgr Justin Baransananikiye. Encore faut-il signaler que Nikiza n’était pas d’accord avec la manière de faire de l’orchestre qui ne laissait aux artistes qu’« une petite marge de liberté sur le plan de la créativité ». Il abhorrait aussi les velléités des autorités administratives de leur faire produire des chansons à caractère politique, une pratique qu’il voyait comme une « stratégie de destruction des talents des artistes ».

Canjo Amissi, le jocker

Le témoin fut récupéré par son bras droit, « Africa Nova ». Dans l’urgence de remplacer « Niki Dave » par un musicien de haut calibre, il va jeter son dévolu sur Canjo qui va répondre aux attentes placées en lui avec brio, notamment en signant sous la bannière de l’orchestre Amabano ses classiques très célèbres comme « Hora mwiza wanje », « Ewe Burundi ngira ndakuririmbe »,

« Africa Nova » sera le leader de l’orchestre lorsqu’ils iront participer au « Concours du Moulin d’Or » organisé par Radio Nerland à Amsterdam, prix qu’ils remporteront haut la main à la grande surprise de Manu Dibango, superviseur du concours et d’autres chanteurs internationaux de renom. La renommée de Canjo va se rependre comme une trainée de poudre, ce qui lui permettra de s’offrir le graal des talents musicaux africains de l’époque, à savoir : le Prix Rfi Découvertes en 1981 avec sa chanson fétiche « Ai mamaiwe, sokuru yari intwari ».

« Niki Dave », battu mais jamais vaincu

Evincé de l’orchestre, il ne va pas jeter l’éponge. Il fonde le groupe « Happy Child » mais les autorités vont tout faire pour lui mettre les bâtons dans les roues. A titre d’exemple, ils vont interdire aux tenanciers des bars connus de Bujumbura de leur permettre de s’y produire. C’est comme ça que l’orchestre Amabano s’effritera petit à petit, perdant ses figures charismatiques du jour au lendemain, même si « Africa Nova » va essayer de recoller les morceaux en vain, jusqu’à l’éclatement total de l’orchestre.

« Niki Dave » va alors redevenir la personne de référence des jeunes apprentis en musique en leur rendant de grands services, soit en arrangements musicaux ou en retravaillant leurs textes. Constatant que son nouveau groupe avançait à tâtons, il va le réincarner en un autre projet qu’il appellera « Wassamax » qui va lancer la carrière des artistes destinés à assurer la relève.

Il lancera ainsi de nouveaux talents tels que Christophe Matata, Kidum, ou encore le chantre du gospel burundais, Apollinaire Habonimana, qui va beaucoup travailler avec Niki Dave qui s’était entièrement investi dans la musique gospel durant ses derniers jours. Cette étoile de la musique burundaise s’éteindra le 17 novembre 1992, à l’hôpital Roi Khaled à seulement 44 ans.

Toutefois, derrière la formidable odyssée des deux orchestres, il faut reconnaître le rôle prépondérant de la Radiodiffusion nationale du Burundi. Créée en 1975, c’est elle qui va donner un sérieux coup de pouce aux musiciens en leur offrant un studio d’enregistrement, avec tout l’équipement technique qui va avec. Elle servira d’espace de rencontres et d’épanouissement aux jeunes musiciens, et surtout leur fera connaîtra du public burundais encore friand de musiques étrangères en vogue à cette époque-là.

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