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« Nzobuhaya », des mots pour soigner les maux du tourisme culturel

©️ Jimbere / Léana Gacoreke, la gagnante du concours recevant son prix de la part du directeur d’Agahimbare Butterfly

Si l’exercice de l’éloquence est loin d’être habituel au Burundi, les jeunes participants au concours, qui avaient représenté différents établissements scolaires et groupes des scouts, ce samedi au Lycée S.O.S, ont prouvé que leurs joutes oratoires ont toute leur importance : la nouvelle génération a plus que jamais besoin et envie de donner sa voix

Si vous voulez changer le cours des choses, croyez-vous que les solutions puissent venir des jeunes se trouvant encore sur le banc de l’école ? Je parie que non. Et pourtant, Agahimbare Butterfly y a cru. Alors qu’on résume souvent (à tort) la jeune génération à des réflexions infantiles, la jeune entreprise culturelle (créée en 2020) a plutôt choisi d’offrir un espace aux jeunes pour qu’ils puissent formuler et partager leurs idées, s’exprimer et proposer des solutions à mettre en œuvre pour développer le tourisme culturel burundais.

Au total, 10 jeunes rhétoriciens ont pris part au concours d’éloquence « Nzobuhaya ». Mais, avant leurs prestations, le public s’est raffolé de jolies petites attentions de la part du Club Intatana qui a déployé tout son répertoire de numéros culturels pour agrémenter la soirée. Il s’agissait de la danse traditionnelle, avec des chorégraphies magnifiquement performées, par de jolies jeunes filles et des garçons bien musclés. Il s’agissait aussi de la poésie pastorale, « amazina », « ibicuba », mais aussi du (presque) jamais vu : un défilé de mode en habits traditionnels, mettant en lumière certaines activités quotidiennes de la vie dans le Burundi ancien, surtout à la cour royale.

Danse traditionnelle avec le Club Intatana

Dans une salle à moitié pleine, des questions plutôt pertinentes des jeunes participants lancés au public :« Pourquoi préfère-je les cultures étrangères ? » Ou encore : « Surprenant que le seul chemin que je connais est celui menant à l’école ? » Une façon polie de pointer du doigt le manque des voyages scolaires. Chacun des jeunes participants élèves, y est allé de ses remarques plus ou moins bien senties, alliant souci de performance et parfois de musicalité et d’argumentation. Les élèves ont joué le jeu en défendant leurs idées.

Les critères de sélection du jury ? La manière de s’exprimer des élèves, notamment via la gestuelle, leur capacité à convaincre et émouvoir. Au finish, c’est Léana Gacoreke du Lycée du Saint-Esprit qui avait représenté le Groupe Scout Saint Martin de Tours 4 qui va l’emporter la main haute. Gaie Myllinthia Ingabire du Lycée du Lac Tanganyika est venue deuxième et Maxim Noé Mbonayo du Groupe Scout Saint Uriel complétant le podium.

« Faire naître chez les (jeunes) élèves un sentiment d’amour et d’attachement aux beautés du pays »

Selon Astère Ndihokubwayo, directeur d’Agahimbare Butterfly, l’organisation du concours d’éloquence part du constat que la jeunesse délaisse la culture burundaise au profit des cultures étrangères. Les causes ? « Il se dit que les jeunes burundais ne s’intéressent pas à leur culture. Mais, réellement, y’a-t-il une transmission efficace de notre histoire, nos traditions, coutumes, valeurs ? Par exemple, dans les écoles, combien de loisirs culturels compte-t-on ? Les voyages scolaires éducatifs ? » L’évènement, l’occasion pour l’entreprise culturelle de partager l’idée « Wagenze utazi Uburundi », un projet dont la proposition de valeur est le divertissement, la découverte et la connaissance du Burundi, via le culturel. « Nous ambitionnons d’organiser des voyages touristiques éducatifs au profit des établissements scolaires pour contribuer dans la promotion du tourisme culturel au Burundi. »

L’abbé Adrien Ntabona qui avait honoré de sa présence l’événement a salué cette initiative, ô combien louable : « Toujours un plaisir d’accompagner les jeunes qui veulent discuter de la culture burundaise. » Pour le clerc, le plus beau cadeau que les parents puissent offrir aux enfants, c’est de leur enseigner la culture du pays.« Par exemple, aux parents dans les grandes villes du pays, ou à l’étranger, le fait de ne pas faire aimer le kirundi aux enfants, fait qu’ils grandissent en s’identifiant aux langues et cultures étrangères. Il faut à tout prix améliorer l’offre culturelle à l’endroit des plus jeunes, afin que la culture burundaise puisse bien s’enraciner, et ainsi être redynamisée. »

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