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Papa malgré moi

Une grossesse non désirée implique d’abord la responsabilité morale, endossée par la fille. Puis il y a le reste. Les finances, la maturité obligatoire, la prison…, des responsabilités qui incombent souvent au garçon. De jeunes papas racontent leur expériences parentales précoces. 

Au centre de la commune Fota, province Mwaro, Lionel* est venu vendre de l’huile de palme. Il doit écouler sa production au plus vite pour rentrer voir la petite famille qu’il a laissée chez lui dans la commune de Rusaka de la même province. « On a quitté la capitale pour venir habiter ma colline natale après les événements de 2015, mais ma femme et mon bébé de neuf mois n’arrivent toujours pas à s’habituer à ce milieu,», explique le jeune homme. Quoi de plus attendu. Entre la canicule de Bujumbura et le froid mordant de Mwaro, la différence est de taille.

« Comment je l’ai rencontrée ? C’est une longue histoire », répond-il à une de nos questions. Le jeune homme, comme plusieurs garçons de la campagne, arrête très jeune les études. Les lumières de la capitale l’attirent, et il vient s’installer à Kinama. « C’est là que j’ai rencontré ma future épouse », raconte-t-il. Grâce à un petit boulot, il a un peu de sous à faire miroiter devant la petite Samantha, qui vient juste de finir l’école primaire et rentre au secondaire.

 « L’idylle n’a pas duré longtemps, elle est rapidement tombée enceinte », se rappelle-t-il. On est dans les premiers mois de 2015. Le jeune homme pense à prendre les jambes à son cou, mais en est dissuadé par son patron. Ils approchent la famille de la fille, qui acceptent une entente à l’amiable, avec à la clé un mariage officiel, réalisable grâce à une entorse administrative qui fait paraître la jeune fille plus âgée. « Elle était trop jeune pour se marier ? ». Lionel semble ne pas saisir notre insistance sur ce point, puis finit par rétorquer : « Dans ces circonstances, une fille n’est jamais trop jeune pour se marier ».

Quand on aime, on ne réfléchit pas

L’histoire de Lionel* ressemble à celles de plusieurs autres jeunes papas interrogés, mais une varie, celle de Zaidi. À 19 ans, ce jeune musulman avait déjà arrêté les études et vivotait de petits boulots à gauche à droite dans la ville de Rumonge. Puis, « il y avait cette jolie fille, Fatou, qui vivait dans le même quartier que moi à Ngayamba, je la voulais », raconte-il. Pourtant elle n’avait que 16 ans. Mais Zaidi n’en avait cure, il n’aurait pas été le premier dans son entourage à sortir avec une mineure. Cette dernière fait croire à Zaidi qu’elle est enceinte. Elle vient aménager avec lui. « Elle n’est tombée enceinte que quand elle était chez moi, et quand je l’ai su, je ne pouvais plus faire grand-chose», avoue-t-il. Le jeune homme veut faire les choses dans les règles, musulmanes. La famille de la jeune fille refuse arguant qu’il est trop pauvre.

Entre-temps, Fatou recommence à fréquenter un ex. Zaidi n’en peut plus et la chasse. Elle retourne chez elle et y accouche. La famille de Fatou oblige alors Zaidi à subvenir aux besoins de l’enfant, tout en voulant arranger un mariage à l’amiable avec un homme plus âgé et plus nanti. Les deux parents l’apprennent  et se décident à fuir. Depuis une année, ils vivent à Dar-Es Salam, mais sont toujours séparés. Zaidi continue à subvenir aux besoins de son fils, et ne revient au Burundi que pour rendre visite à sa famille.

Les papas à « tout-va »

Les témoignages ci-haut décrivent des jeunes hommes qu’on pourrait qualifier de « modèles ». Oui des modèles, car tous les jeunes géniteurs n’acceptent pas leurs responsabilités aussi facilement.  Landry. B a aujourd’hui 40 ans. Il avoue non sans regret, que lorsqu’à 16 ans, sa petite amie lui annonça qu’elle était enceinte, il n’y eût d’autres choix que la fuite. « J’avais 16 ans, tout de même. Comment aurais-je pu assumer cette paternité alors que je n’étais moi-même qu’un gosse? »

« J’ai un enfant à Rumonge, je ne l’ai jamais vu. J’en ai un autre à Kamenge, je ne le connais pas non plus. Je n’ai pas envie de les connaître tout court ».

Puis un beau matin, la jeune maman déposa l’enfant chez les parents de Landry. « Mes parents ont donc fini par élever mon fils, malgré eux. » Et lui, dans tout ça? « J’ai dû apprendre à être un père, avec l’âge évidemment. »

On a aussi rencontré Samson à Gatumba, en train de siroter une bière avec des amis sous un manguier. Dans ce groupe de buveurs quotidiens, il y a deux jeunes hommes qui ont emménagé illégalement avec des jeunes filles, et ont des enfants en bas âge. Ces deux là, comme pour faire un doigt d’honneur à leur situation, se font appeler « Single boys ». Puis il y a Samson, le plus « je m’en foutiste » de tous. Il énumère sur ces doigts : « J’ai un enfant à Rumonge, je ne l’ai jamais vu. J’en ai un autre à Kamenge, je ne le connais pas non plus. Je n’ai pas envie de les connaître tout court ».

Si lui peut se vanter de ne pas endosser ses responsabilités, un jeune homme a dû payer très cher son inconduite. En 2014, Samuel fréquentait  la faculté d’Economie à l’Université du Burundi. Il  commence alors à fréquenter  une petite voisine de 13 ans. La croyant trop jeune pour tomber enceinte, il se laisse aller. Malheureusement, la jeune fille tombe enceinte après quelques mois de fréquentations. L’histoire finit par se savoir, et le jeune homme se fait arrêter puis est condamné à 20 ans de prison. Si lui est parvenu à s’évader au début de cette année, la jeune fille n’a pas eu la même chance. Sa mère l’a mariée de force à un travailleur domestique qui est parti avec elle sur sa colline natale à Isare. Cette union n’a pas duré longtemps, car la jeune fille est morte en couches. Comme quoi, malgré tout, le poids d’une grossesse repose toujours sur les épaules des jeunes femmes.

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