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PASACC-BU, l’appropriation fait défaut

De gauche à droite, Amb. Claude Bochu de l'Union Européenne, le ministre en charge de la jeunesse et de la culture Amb. Ezéchiel Nibigira et la Directrice Générale d'Africalia Dorine Rurashitse lors du lancement officiel du PASSAC-BU

Bon nombre d’opérateurs culturels burundais étaient enthousiastes à l’annonce du Projet Européen d’Appui au Secteur de la Culture au Burundi, PASACC-BU, financé à hauteur de 5 milliards de Fbu. Mais aujourd’hui, force est de noter que celui-ci ne semble plus intéresser qu’une minorité d’entre eux.

« La balle se trouve maintenant dans votre camp. Vous êtes appelés à utiliser parcimonieusement ces moyens financiers », Claude Bochu, ambassadeur de l’Union européenne au Burundi lors du lancement du PASSAC-BU le 12 avril 2021 au Royal Palace Hôtel en Mairie de Bujumbura.

Par ce discours, le diplomate voulait signifier aux opérateurs culturels et créateurs qui avaient répondu massivement à l’invitation (plus de 250) que si l’Union européenne avait mobilisé toute cette enveloppe, il leur appartenait désormais de s’en approprier et la faire fructifier.  D’ailleurs les acteurs culturels (musiciens, peintres-dessinateurs, comédiens, humoristes…) dans leur enthousiasme, n’ont pas hésité à partager la nouvelle via leurs plateformes sociales. On aurait dit qu’un vent de renaissance soufflait sur le monde culturel au Burundi.

Mais, une année après le lancement officiel du PASACC-Burundi, ce projet co-exécuté par l’Africalia, la Maison de l’Entrepreneur de l’Adisco et l’organisation Menya Media sous financement de l’Union européenne, l’on note un manque d’appropriation chez les opérateurs culturels : peu postulent aux différentes formations proposées dans le cadre du projet.

 Le français, problème!

Le défi majeur signalé par les différents artistes contactés est le fait que tout acteur désirant suivre les formations dispensées doit remplir et soumettre son dossier de candidature en ligne souvent en français. Cette langue reste de facto le moyen de communication lors des formations. De plus, l’apprentissage digital par des formations en ligne bloque certains opérateurs culturels burundais.

B.H est un artiste évoluant à Bujumbura est membre de l’Amicale des Musiciens :« Tout projet qui vient pour appuyer le milieu de l’art et de la culture au Burundi est le bienvenu. Mais l’on ne devrait pas oublier que plus de 80% des artistes burundais, si je ne m’abuse, utilisent le kirundi et le kiswahili dans leur travail. Si les démarches de participation et d’apprentissage dans lesdites formations et autres opportunités requièrent le français, c’est de l’exclusion pure et simple », lâche-t-il.

Selon Luc Mayitoukou, l’un des experts consultants qui intervient dans ce projet, les opérateurs culturels burundais ont besoin plutôt de ce genre d’opportunité pour s’améliorer et parfaire leur travail car, dit-il, ils font déjà face à un environnement hostile de par les conditions économiques, la culture et le manque d’une académie artistique locale qui contraste avec leur détermination et leur passion remarquables. « Je suis sûr que grâce à ce projet d’appui, ces entrepreneurs parviendront à apporter des changements communautaires palpables et de l’emploi », a-t-il signalé lors d’une interview.

Des fruits ne manquent pas

Si ce n’est le manque d’implication des opérateurs culturels, l’impact du PASSAC-BU est plutôt évident. Au crédit de celui-ci il faut mettre la naissance de deux organes de professionnels culturels. Il s’agit de l’Association Burundaise des Managers et le Burundi Intelectual Propriety Association (BIPA). « Nous avons mis en place le BIPA grâce aux connaissances acquises dans ce projet. C’était surtout dans l’optique d’enseigner la propriété intellectuelle et de prêter main forte à l’Office Burundais de Droits d’Auteur et des droits voisins dans la sensibilisation des acteurs qui interviennent dans ce domaine à jouir de leurs droits et aider à leur mise en application », témoigne Astère Ndihokubwayo, représentant du Club culturel Intatana et membre fondateur de l’association.

Le slameur et lyriciste Serges Ngoy Lusungu (connu sous le sobriquet de Serges le Griot) a bénéficié de la formation sur la gestion des carrières artistiques. Il assure que la formation a permis d’apprendre les fondamentaux pour concevoir et mener un projet culturel. Fort des compétences acquises, Il confie qu’il est en train de travailler sur beaucoup des projets qu’il va communiquer dans les jours à venir.

Vous noterez que 10 à 20 opérateurs culturels sont retenus à chaque formation pour être accompagnés alors que le projet envisage accompagner près de 40 entrepreneurs culturels, et renforcer les capacités d’une centaine d’artistes et opérateurs culturels jusqu’en 2023.

Au total 7 formations de renforcements de capacités ; 2 cohortes d’entrepreneurs culturels déjà sous accompagnement (Scale-up & Start-up) ; une participation de 6 entrepreneurs culturels au forum Maaya 2021 au Mali ; un appel à projets qui prévoit déboucher au financement de 12 structures porteuses de projets lauréats de l’appel Akarang’art et une bourse de mobilité Dakar’t prévue en mai 2022 sont les grandes réalisations de la première année du PASSAC-BU. Ces activités sont articulées dans les 3 axes à savoir le renforcement des capacités techniques managériales et artistiques, l’entrepreneuriat et la création et l’accès aux marchés créatifs et aux réseaux internationaux.

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