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Société

Paul et le quotidien compliqué de barman

Dans une ville comme Bujumbura, serveur de bar est un métier que l’on ose difficilement envisager surtout quand on a des amis comme ceux de Paul dont l’aridité de la gorge rivalise avec celle du désert du Sahara. Pourquoi ?

Depuis qu’on l’a trouvé « Kuri 11 » aux prises avec un plat d’akabenzi, Paul s’est désormais converti en « barman ». Il effectue le service de comptoir, entretient la verrerie, les équipements du bar et nettoie les lieux.  C’est ça son quotidien, mais pas que. Il a souvent droit à des engueulades des clients éméchés et des fois, son patron colérique lui administre royalement des coups et pour cause : ses amis.

On l’a cru avec beaucoup de circonspection quand il nous a confié, résigné, qu’à la fin du mois, il lui arrive de toucher 5 000 Fbu de salaire. Comment fait-t-il pour vivre ?  Et la bouffe ? Et le loyer ? La vie est plutôt compliquée pour notre ami Paul. La gymnastique dont il fait preuve dans la gestion de ses dépenses est tout simplement olympiqueː « Survivre est devenu ma philosophie de vie », susurre-t-il.

Son salaire fait pleurer au vu des bénéfices qu’il fait gagner à son colérique de patron, de l’effort qu’il fournit quotidiennement et de la taille du bar dans lequel il travaille ː « ce n’est qu’une minable somme de 80 mille Fbu. Que peut-on faire avec une telle somme ici à Bujumbura ? Pourtant je travaille jusqu’aux heures avancées de la nuit », se lamente notre ami ? Pire, souvent il ne touche que 2000 Fbu, la raison : une relation parasitaire avec ses amis que son patron ne peut pas tolérer. « Tout commence par un ami qui galère, des cousins désœuvrés dont les gosiers assoiffés poussent à chercher qui rendre visite pour se désaltérer. C’est ainsi qu’ils atterrissent sur mon comptoir, parce qu’ils se disent que comme je travaille dans un bar je vais leur offrir un verre, qu’est-ce que je peux faire ? Refuser de les accueillir ? Difficile. C’est comme ça que les factures impayées s’accumulent ».  Et d’implorer ː « Mais depuis quand suis-je devenu la Brarudi moi ? Même la Brarudi ne distribue pas ses produits gratuitement ! Je viens d’une famille, j’ai des amis c’est vrai et je les porte dans mon cœur. Mais venir me rendre visite chaque jour, non seulement ils consomment sur mon compte mais ils m’empêchent de me concentrer sur mon travail. Ils me tuent à petit feu. C’est méchant et pas catholique ».

Un Paul avec un sourire qui cache beaucoup de réalités

Le sourire que Paul affiche quand il sert ses clients contraste avec la vie de misère qu’il mène. En réalité son sourire n’est qu’un rictus, un faux sourire calculé et superficiel. Pour lui, chaque heure est un combat dur et stérile ː « les gens ne donnent même plus de pourboires, c’est grave. C’est à croire qu’il n’y a plus aucune âme charitable dans ce monde. La générosité est vraiment morte. Comme si cela ne suffisait pas, des fois, des ivrognes éméchés cassent les bouteilles et c’est moi qui doit payer. Les autres profitent de mon inattention pour partir sans payer. Evidemment, à la fin du mois le patron fait ses calculs, et au final je ne reçois que des miettes. Des fois mon salaire ne suffit pas à couvrir tout ça et mon cupide de patron reporte le reste au mois suivant ».

Et de s’interroger ː « Y aurait-il une loi qui régit le travail du serveur ? Je veux la consulter car on ne connait pas par exemple, quel article de quelle loi s’applique à nos patrons quand il nous rouent de coups. De quel droit peuvent-ils nous cracher au nez ou nous couper la totalité du salaire ?».

A propos de son métier, Paul retient que « c’est un métier qui demande d’être fort mentalement. La patience c’est une des qualités que j’ai acquises dans mon expérience de barman. Malheureusement, cela ne sera mentionné nulle part sur le CV. S’il vous plait, quand vous partez laissez-nous des pourboires, c’est notre seule consolation après une longue et dure journée de travail ».

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