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Payer la presse pour faire le travail

Depuis peu, les nouvelles technologies ont bouleversé le journalisme au Burundi, et permis la multiplication des médias « jeunes » en ligne qui peinent à fonctionner, exister … malgré les ambitions.

Aujourd’hui, par exemple, la CNC enregistre 49 médias en ligne, contre 43 médias dans l’audiovisuel. Si vous suivez de près l’actualité, vous avez peut-être trouver le temps de lire le récent article de Landry Mugisha : Where is Covid-19 Taking the Media Industry? Notre confère d’Akeza.Net a, entre autres, rappelé les difficultés rencontrées par les médias burundais, et proposé quelques solutions pour essayer de changer la donne.

« […] Au-delà de l’assistance immédiate dont l’industrie des médias a besoin, notamment pour se remettre des effets de la Covid-19, il faudrait penser à d’autres sources de revenus, comme amener le public à payer pour les informations par le biais d’abonnements, en particulier les abonnements en ligne. »

Encore, si vous vous intéressez à l’actualité continentale ou internationale, probablement que vous suivez les grands médias, Jeune Afrique, Le Monde, New York Times, … Beaucoup de leurs articles en ligne sont payants. Pourquoi les lecteurs sont-ils prêts à payer pour ces informations, alors qu’à l’ère de l’internet, des médias sociaux, ils peuvent les retrouver gratuitement sur d’autres médias ? Tout simplement, parce qu’ils recherchent une information de qualité.

Ces médias sont réputés aborder l’actualité avec de la critique, en se tenant surtout à distance des « discours tout faits » des services de communication des institutions ou entreprises. Le journalisme Vs la communication. C’est cette valeur ajoutée qui attire les lecteurs avisés. Alors, dans le cas burundais, l’idée d’abonnements proposée par Mugisha, est-elle possible ? Avançons.

« Peut-on prendre le risque d’innover dans l’univers des médias burundais ? »

Toujours, si vous êtes intéressés par ce qui se passe dans le pays, sûrement que vous avez déjà entendu parler d’Imboneza Talkshow, l’émission en ligne de Dieudonné Nahimana, l’un des candidats malheureux à la présidentielle de mai 2020. L’émission attire de plus en plus de monde : les thèmes et panélistes choisis semblent intéresser ce petit monde de Burundais connectés à l’internet.

Dimanche, 23 août, la question énoncée ci-haut, plantait le décor du 3ème épisode de l’émission. Notre collègue Roland Rugero, l’un des invités du jour, sur la question, a plutôt souligné un élément important : « Au Burundi, nous sommes encore dans une presse généraliste. Si nous voulons innover, il faut aussi penser à développer une presse spécialisée. » L’idée de Rugero rejoint-elle celle de Mugisha ?

Men and Money

Imaginons qu’un médium, ambitieux, décide d’investir dans une presse spécialisée en économie, technologie, ou musique, … Il doit alors employer des nouveaux journalistes avec des formations (universitaires) spécialisées, détenteurs de diplômes de master ou doctorat, ou faire le choix de payer des formations pour le personnel déjà en place. Quoi qu’il en soit, le projet requérait un personnel « surqualifié » en nombre, mais aussi et surtout, des moyens colossaux. Une question alors pertinente : cette innovation inciterait-elle l’audience, le million de Burundais en ligne, à souscrire aux fameux abonnements, pour notamment assurer la viabilité économique du projet ? Je n’ai pas de réponse. Je ne suis qu’un simple journaliste, avec peu d’expérience.

Mais, certainement que la question hante l’esprit des patrons des médias. Revenons un peu en arrière : dans son article, Mugisha a bien démontré que le business model des médias doit impérativement évoluer, notamment de ceux qui vivent des revenus de la publicité, sensiblement en baisse. Par ailleurs, même ceux qui bénéficient des subventions, apparemment, l’assistance ne règle pas leurs difficultés financières structurelles. Par manque de moyens, la plupart des médias burundais offrent difficilement des contrats à leurs employés … Être un journaliste salarié au Burundi est aujourd’hui perçu comme un privilège. Le métier de journalisme est devenu comme un hobby … en attendant le vrai travail.

Sans aucune prétention d’être un théoricien des médias, je pense qu’il faut BEACOUP appuyer la presse … pour qu’elle puisse offrir un bon service. Pourquoi ? Avec la Covid-19, Mugisha l’a rappelé : au nom du patriotisme, les médias burundais ont été mobilisés pour informer et éduquer la population, avec les fake news, nombreux en temps de crise. J’espère que vous avez pu remarquer notre efficacité. Un travail qui a probablement requis beaucoup de moyens pour tous les médias. En retour, pour continuer de fonctionner, d’innover, de vivre de notre passion, d’être indépendants (financièrement), il leur faut cette « assistance immédiate ». Concrètement du Fbu de la part des acteurs qui recherchent leurs services : institutions publiques, secteur privé, ONGs, etc.

Pour ceux qui critiquent la baisse du niveau « intellectuel » des journalistes ou l’indépendance des médias, posez-vous d’abord la question : comment arrivent-ils à fonctionner, à exister, dans de telles conditions ? Et si vous trouvez cet article intéressant, sachez qu’il a été produit avec l’appui de Tuyage.

Dans le cadre du projet « Tuyage » financé par l’USAID, le Magazine Jimbere s’associe avec Search For Common Ground au Burundi (partenaire de mise en œuvre du projet) dans la production d’une série d’articles économiques

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