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Perpétue Miganda, la défenseure des savoirs ancestraux

C’est dans la promotion des richesses et des savoirs ancestraux que s’illustre cette native de la colline Rurtyazo, commune Kayokwe en province Mwaro, fondatrice du site éco-culturel de Karambi…

A quoi fait-elle référence, quand elle parle de savoirs ancestraux ? «Ils sont de plusieurs types. Il y a surtout les savoirs thérapeutiques, les savoirs spirituels (prières, incantations, chants religieux), les savoirs gestuels, techniques, magiques, et tant d’autres qui sont souvent non institutionnalisés, ou ignorés.» Voilà ce à quoi s’attelle, depuis bientôt huit ans Perpétue Miganda, 63 ans bien tassées.

Mère de 4 enfants, cette cadette d’une fratrie de 8 enfants aura eu la chance de côtoyer ses parents au crépuscule de leurs vies, en profitant pour apprendre sur la tradition burundaise.
Ce n’est que des décennies plus tard que va renaître en elle la flamme d’approfondir et transmettre ces connaissances. En effet, alors qu’elle clôture son mandat de six ans à la tête du Département de la promotion de l’égalité des genres dans la communauté de l’Afrique de l’Est, à Arusha, elle va se lancer dans la rédaction de Trésors du Burundi ancien, un livre-voyage à travers les savoirs et pratiques des Burundais d’antan.
Ses 18 ans de vie au Rwanda n’ont aucunement altéré sa diction en kirundi, et dès son retour au Burundi en 2020, elle va créer le site éco-culturel de Karambi dédié à la promotion des savoirs ancestraux.

La philosophie de cette initiative est profondément enracinée dans ce qu’on appelle « la Civilisation du Végétal », qui est une caractéristique majeure du Burundi ancestral.

Née le 20 mai 1958 à Kayokwe, Perpétue Miganda passe l’école primaire à Rurtyazo, avant d’entrer au pensionnat Sainte Marie de Mugera de 1970 à 1974. Elle fera le deuxième cycle des humanités générales à l’École Normale de Bukeye en 1978, puis poursuivra une licence en Psychologie et Sciences de l’Éducation à l’Université du Burundi.
Dans le passé, elle a occupé plusieurs fonctions, dans l’Éducation, cadre le ministère des réformes institutionnelles, défendant au cours du processus de la Paix « le dialogue à la base comme préalable aux négociations d’Arusha ».
En 2001, elle part vivre au Rwanda avec son mari agronome, qui vient d’y décrocher un emploi. Elle sera tour à tour conseillère au sein du Département chargé de la prévention des risques à Lomé au Togo, puis prend la tête du Département de la promotion de l’égalité des genres dans la communauté de l’Afrique de l’Est à Arusha, poste qu’elle a occupé de 2008 à 2014, avant de se réinventer en défenseure des savoirs ancestraux.

A cœur, le patrimoine

A travers ce site conçu comme une machine à remonter le temps, elle a choisi de mettre en avant le thème du rugo, l’habitation traditionnelle, pour mettre en exergue les activités qui faisaient le quotidien d’un ménage à l’ancienne, en insistant sur la place des végétaux, principalement ceux aux vertus médicinales dans le Burundi monarchique, les rites ancestraux et la place des relations interhumaines.
Aujourd’hui, le site qui se trouve à 6km du chef-lieu de la province Mwaro accueille des visiteurs de différents horizons venus pour en savoir plus sur le passé du Burundi.

Dans un décor somptueux, il est subdivisé en deux parties: l’une comprend un rugo traditionnel entouré d’arbres et de plantes médicinales traditionnelles, l’autre est affectée à de futures constructions utilisant des matériaux locaux dont un centre culturel qui accueillera des rassemblements, avec un certain nombre de stands de vente des produits traditionnels locaux des communautés environnantes, dont des pots de la communauté Batwa.

De l’habitat à la médecine traditionnelle

Parmi les services qu’offre ce site se trouvent une visite guidée d’urugo, la découverte des plantes traditionnelles les plus utilisées pour soigner les membres de la famille et le bétail.
On y montre aussi des cas d’activités quotidiennes ancestrales en rapport avec la vie agro-pastorale telles la traite, la séparation du beurre à partir de lait (yaourt), le tissage des paniers, etc. Au menu des activités se trouve aussi la préparation des parfums naturels en utilisant des plantes locales, la poésie pastorale, la flûte, la harpe, les danses traditionnelles, les contes autour d’un feu de camp et d’autres spectacles.

Pour Perpétue Miganda, c’est important que les Burundais, les jeunes surtout s’approprient leur culture : «Je suis convaincue que l’on ne peut pas parler de développement intégral si celui-ci n’est pas fondé sur la culture. L’éducation culturelle est la meilleure des choses que l’on puisse offrir à nos enfants.»


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