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Théodore Ntunga, le baobab du journalisme sportif burundais

Sa voix rauque et ses immenses connaissances en matière de sport vont certainement manquer aux téléspectateurs. Au-delà d’une grande carrière, « Théo » a su défier la logique du temps. Eternellement jeune, sa proximité avec le monde du sport a été un vrai antidote contre la vieillesse.  Portrait.

Tout commence en février 1985. Le fils des hautes montagnes de Mayuyu (Bujumbura rural), alors âgé de 27 ans, vient de terminer son stage à la radio Voix de la Révolution, la seule à l’époque. Coup de chance ! La même année, la Télévision Nationale voit le jour et fusionne avec la Radio Nationale pour former la RTNB (Radiotélévision Nationale du Burundi).

Jeune, plein d’énergie et de fougue, Théodore Ntunga est directement embauché à la télévision en tant que présentateur d’émissions sportives. Un rêve qui devient réalité. « Je ne m’imaginais faire rien d’autre que le journalisme en général, et sportif en particulier. A l’université, j’avais commencé dans la faculté des lettres et sciences humaines, mais 2 ans après, j’ai dû arrêter pour entamer l’école de journalisme en 1982. C’était mon domaine de prédilection », raconte-il.

Ce mordu de sport se remémore encore de sa petite poste de radio qu’il avait « volé » à son père, et dont il ne pouvait se passer, juste pour suivre les matchs de football. « Au secondaire, à l’Athénée de Gitega, seul dans mon petit lit, volume baissé, j’écoutais passionnément la retransmission de la coupe du monde, en 1978. Ces instants me téléportaient jusqu’à Buenos Air, la ville hôte », se rappelle-t-il.

La passion défiée par des difficultés

A ses débuts, Ntunga rencontre d’autres passionnés du journalisme sportif, comme Tharcisse Tungabose de la Radio Nationale, dont la voix, les nouvelles bien fouillées et la façon d’animer l’émission, captivaient des milliers d’auditeurs. C’est lui qui va inspirer le jeune débutant. Il y avait aussi Tharcisse Harerimana, un ainé qui était un « bon modèle à suivre », dit-il. 

Malgré l’enthousiasme du début et la proximité avec ces géants du journalisme sportif, les conditions de travail n’étaient pas très favorables à l’époque. « Théo » explique : « Les fédérations n’avaient pas de bureaux à cette époque. On devait aller les rencontrer sur les terrains de foot. Sans téléphone, ni internet, les rendez-vous rataient bien des fois. Pour l’actualité internationale, un avion de la compagnie Sabena ramenait 2 fois la semaine, en provenance d’Europe, des cassettes vidéo des matchs joués qu’on visionnait d’abord, avant de tirer nos éléments essentiels. Ou encore, nous avions des rouleaux qui nous étaient envoyés par fax, et qu’on devait découper selon les sections et les domaines, pour ensuite les traiter. C’était un travail pénible ».

Et de se rappeller encore qu’à ses débuts, la RTNB ne pouvait travailler que 3 heures par jour, et rarement dépasser 4 jours de travail par semaine, faute du personnel et de moyens matériels. Ce n’est qu’à partir des années 90 que des avancées verront le jour. « Au mois de juin 1990, nous avons pu animer en direct la Coupe du Monde qui se jouait en Italie. C’était l’exploit de ma vie. »

Au-delà du journalisme, un amour fou pour le football

« Si dans ma carrière, j’ai pu commettre une erreur, c’est celle d’avoir favorisé le football au dépend des autres disciplines sportives. C’est mon sport favori », avouera-t-il sans le moindre regret. Effectivement, Ntunga n’a pas fait qu’en parler au micro. Le ballon rond, il en a tapé dedans aussi. Concernant sa brève carrière de footballeur, il a été remarqué à son école secondaire, l’Athénée de Gitega. Puis, l’équipe « Inkona » de la première division sera séduite par ses performances lors de son passage à Bujumbura pour ses vacances d’été. Il va y jouer pendant 3 ans, mais il va arrêter à mi-chemin sa carrière footballistique pour se consacrer à ses études universitaires.

Aujourd’hui à la retraite, Ntunga ne fait pas l’air de ses 60 ans. Il n’a pas plongé dans l’eau de jouvence. Son astuce : il joue au foot depuis longtemps, et tous les jours de la semaine. « Avec le poids de l’âge, je ne peux malheureusement pas garder le rythme. Actuellement je joue dans l’équipe Mukaza, 2 fois par semaine », regrette-t-il.

Bien que retraité de la mère des stations radios et télévisions locales, « Théo » dit avoir encore de l’énergie pour servir dans le domaine sportif. Et de glisser entre deux phrases : « Je viens d’être embauché quelque part pour animer une émission sportive ». Autant dire que l’heure de se morfondre à la maison à jouer avec ses petits-enfants n’a pas encore sonné pour le vieux loup. Sacré Théo !

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