Jimbere

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Economie

Pouvoir d’achat au Burundi : le taux d’inflation poursuit sa hausse vertigineuse

Depuis deux mois, les prix des denrées alimentaires ne cessent d’augmenter, passant du simple au double pour certains, vidant ainsi au jour le jour le panier de la ménagère. L’association des consommateurs recommande l’importation de certains produits alimentaires pour y faire face.

Pour plusieurs ménagères interrogées, la vie est devenue plus chère ces derniers mois dans la ville de Bujumbura. « Tout est devenu cher. Avant, tu pouvais faire le marché avec 10 mille Fbu mais aujourd’hui ce n’est pas évident de préparer deux repas pour la famille avec ce montant », indique Daniella Nzisabira, rencontrée au marché de Kamenge. En gros, confie-t-elle, il faut prévoir au moins 20 mille Fbu : « Des fois, cette somme ne suffit pas car tu apprends qu’une denrée que tu avais acheté hier a miraculeusement doublé son prix le lendemain. »

En effet, les coûts des denrées alimentaires comme le haricot, le riz, la pomme de terre atteignent des niveaux très élevés. A titre d’exemple, en un mois, un kilo de pomme de terre est passé de 800 à 1.200 Fbu, un kilo de banane verte qui coutait 600 Fbu, se vend à 1000 Fbu. Le kilo de haricot de première qualité dite jaune qui s’achetait 2.000 Fbu, est passé à 3.000 Fbu alors que la variété Kinure est passé de 1.250 à 2.100 Fbu.

Les vendeurs de ces produits justifient cette hausse des prix par la pénurie de carburant. « Il y a un mois, nous déboursions entre 600 et 700 mille Fbu pour un camion rempli de pomme de terre mais nous dépensons actuellement 1 million de Fbu pour acheter la même quantité de pomme de terre », confie D.H, un vendeur rencontré au marché dit chez Sioni.

Le panier de la ménagère hors de portée

Dans la même veine, le prix du riz a également augmenté. Mais ici, un facteur spécial explique cette hausse : les riziculteurs de la plaine n’ont pas été autorisés à planter le riz cette année car le système d’irrigation était fermé, fait savoir un vendeur du riz de Muzinda en province Bubanza. Du coup le riz dit Buryohe qui était à 1600 est passé à 2800 Fbu le kilo tandis que les variétés comme Masomati ne sont plus disponibles sur le marché.

Pris à la gorge, les consommateurs se disent dépassés. « Avant 300 mille Fbu me suffisaient pour faire un stock d’un mois mais maintenant, je dépense 500 mille Fbu mais là aussi c’est de justesse car les prix ne cessent de grimper, je ne sais pas si nous allons joindre les deux bouts du mois », confie une mère de cinq enfants.

Même son de cloche du côté de l’Institut des statistiques et d’études économiques du Burundi (ISTEEBU) pour qui le taux d’inflation des produits alimentaires n’a cessé d’augmenter depuis deux ans. De 2020 à mars 2022, apprend-t-on, pour un panier de consommation de biens et services qui devrait, selon les bases de calcul de cet institut, s’acheter à 100 unités monétaires, le prix a déjà augmenté de plus de 25 unités monétaires. L’écart entre les indices de prix à la consommation dépasse 16 unités monétaires sur la période de janvier à mars 2022.

L’importation comme solution

Ici, des produits alimentaires qui représentent la plus grande partie des dépenses de consommation (66%), connaissent des prix qui montent plus que d’autres produits. Le taux d’inflation relative aux prix des produits alimentaires est de l’ordre de 11,9% alors que l’inflation globale était de 9,9 à fin mars 2022.

Et de recommander qu’au vu de ces indicateurs, les revenus des ménages devraient aussi augmenter en fonction de cette hausse des prix. Au cas contraire, cette montée incessante des prix crée des charges supplémentaires pour les ménages leur empêchant de maintenir leur niveau de consommation. 

A noter également que selon l’Isteebu, un ménage burundais dépensait en moyenne 918.100 Fbu en 2020 et 2.466.500 Fbu pour celui de la ville de Bujumbura (EICVMB 2019-2020).

Interrogé, Pierre Nduwayo, président de l’ABUCO (association burundaise des consommateurs) indique que cette hausse était déjà remarquable avant même la pénurie du carburant qui en est désormais la principale cause.

Comme solution, il propose l’importation : « La hausse des produits alimentaires vivriers dépend en grande partie de la faible production locale. Et, dans un cas pareil, l’urgence est celle de favoriser les importations en rabaissant les droits leur imposés à la douane avant d’augmenter la production nationale, une solution de long terme. »

Jimbere a contacté le porte-parole de l’Anagessa, la structure chargée de collecte des récoltes au Burundi sans succès.

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