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Théâtre

La promesse du Scott’s Bar

Ces vendredi et samedi se jouait au Scott’s Bar « Stop the Tempo », une pièce de la Roumaine Gianina Carbunariu. Trois acteurs mimaient avec brio trois jeunes de Bujumbura, perdus au rythme trépidant des boîtes de nuit… La dénonciation de cet hédonisme ambiant traduisait pourtant beaucoup plus, et avec finesse.

Le mot vous frappe à la figure, sec, visqueux et révulsant. « Merde! ». Dit en français. Répété des dizaines de fois en kirundi. C’est violent, et c’est asséné dès les débuts de la pièce, histoire de planter le décor mi-glauque, mi-défait qui tapira toute l’heure de jeu suivant.

« Stop the tempo », c’est l’histoire de trois jeunes, Mariya Kiristina, 27 ans, Paula 25 ans et Rolando 23 ans. Dénominateur commun : ils sont tous dégoûtés par la « putain de vie ». Des plans-cul ratés aux petites misères du quotidien, des radios qui saturent les crânes avec leurs slogans, publicitaires, politiques, religieux, marques de tout poil, aux parents avec leurs petites attentions et leurs attentes chiantes, alors que les sugar-daddies défilent au gré des besoins d’amante, tout est merdique.

Voici donc les 3 types, plutôt voilà deux typettes et un mec qui se retrouvent dans une boîte de nuit, le Scott’s Bar, pour y écumer le vide de leur existence.

La pièce se jouant sur une vraie piste de danse, parfois la fesse se lève aux sons de Justin Bieber ou B-Face, et quand l’éphémère « Malwede » de King Monada retentit, on se surprend à glisser par terre… sous le regard impavide des acteurs, debout, droits.

Tenté par un triolisme, le trio finit dans un accident de voiture. Un déclic a tout même eu lieu. Que faisaient-ils dans cette boîte ? Pourquoi ne sont-ils aussi joyeux dans leur vie respective ? Une idée leur frôle la tête : pourquoi ne pas stopper le tempo de tous ces endroits grouillant de monde, mais qui au final ne procurent pas ce bonheur tant poursuivi ? Des lieux de culte aux espaces de danse, tout y passera, sur leur liste. Il faut arrêter la musique. Débrancher la sono, la lumière, tout. Entraîner les autres, tous, dans cette errance qui les étreint.

Leur jeu part dans tous les sens. Comme les vies qu’ils nous donnent à voir. Celles d’une jeunesse désabusée, essorée par l’éphémère des néons du Scott’s Bar, puis de l’Arena, puis du Cristal, puis de l’Escotisse, puis du 5/5, puis… Le plaisir est un but, un baume sur des cœurs plats et fatigués, c’est aussi une malédiction.
Et si cette jeunesse-là cherche à s’enjailler à tout prix, c’est pour échapper aux rides de la réalité.

La pièce de la roumaine Gianina Carbunariu, magnifiquement interprétée par la Troupe Lampyre, pousse à réfléchir. Impossible de la boucler sans penser à ces visages du « Buja by night »: fuient-ils, aussi?

Un beau projet

Laura-Sheïlla Inangoma dans le rôle de Mariya Kiristina, Claudia Munyengabe jouant Paula et Junkers Ntwari dans la peau de Rolando, sont authentiques, actuels. Tout comme le décor de la pièce. Tout comme les thématiques auxquels elle renvoie.

Habité par son nouveau mantra de « populariser le théâtre burundais », Freddy Sabimbona, l’âme derrière Lampyre et son metteur en scène, hausse les épaules quand on pointe ce kirundi omniprésent durant la pièce, face à un public nourri, composé de nombreux expatriés : « Nous apprenons bien le français et l’anglais, à eux de venir vers nous autant.»

La jeunesse urbaine connaissait le Scott’s Bar par sa musique, ses grillades, et le joyeux bourdonnement des soirs, entre potes. Nous voici devant la promesse que le théâtre burundais est en train de grandir, élégamment, dans un lieu dédié à « gusoma », en kirundi (qui signifie boire, mais aussi… embrasser, ou lire).

Palpitant ! Bientôt, on dira « je vais embrasser le théâtre dans tel bar ».

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