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Enfance

Protection des mineurs : au Burundi, l’arsenal juridique est-il efficace ?

La Journée de l’enfant africain est célébrée chaque 16 juin. Cette année, le thème mis en valeur est : « L’accès à une justice adaptée aux enfants en Afrique ». Au Burundi, quelle est la situation ? Quelques éléments de réponse avec la triste histoire de Jacques …

Du haut de ses 16 ans, Jacques Irakoze n’a pas eu une enfance toute rose. Il perd sa mère prématurément, à très bas âge. Son père se remarie. Sa nouvelle « mère » le maltraite affreusement qu’il décide de quitter le toit parental, malgré lui. Il descend sur Bujumbura à la quête d’une vie meilleure, sur conseil d’un ami. Ce dernier lui promet un travail. Jacques croit retrouver la lueur.

Le jour J, le Kadogo débarque en ville, vers le soir. Sans adresse, ni téléphone il cherche son ami à l’endroit convenu, en vain. Il marche, tourne en rond, avant d’expliquer son aventure aux passants, mais personne ne lui viendra en aide. Cette nuit, Jacques la passe dans une vieille maison délabrée et abandonnée. Après deux jours d’errance, il parvient à rencontrer un bon samaritain qui lui offre un travail de domestique. C’est comme ça qu’il devient « boy » à Kanyosha, au sud de Bujumbura.

Là, Jacques y travaille avec ardeur et se convient avec son employeur qu’il sera payé le jour où il voudra retourner à la campagne. La surprise totale : après 4 mois de travail, le jeune demande son dû. Ce sont les coups qu’il obtient en guise de récompense. Son employeur l’accuse d’avoir violé sa petite fille.

Le périple

Il est battu à mort et transporté au commissariat de police le plus proche pour finir à la prison de Rumonge. Sans avocat, ni comparution devant le tribunal, il est injustement coffré. Il sera plus tard conduit au centre de détention des mineurs en conflits avec la loi, toujours à Rumonge. Il y passe 3 mois.

Récemment relaxé, Jacques prend actuellement des cours de couture au centre de formation de Gitega. Avec une grande amertume, Jacques fait savoir qu’il lui sera difficile de rattraper sa jeunesse et de réaliser ses rêves.

Le cas du jeune Jacques n’est pas isolé, loin de là. En mai dernier, la plateforme des blogueurs Yaga la malheureuse histoire d’une jeune adolescente violentée, engrossée et désormais sous l’emprise de la drogue. Actuellement dans un centre de traitement des personnes ayant des troubles menteaux, la jeune Ange, du haut de ses 15 ans n’a qu’un souhait : « Prendre soin de son enfant ». Mais, celle qui va être mère dans moins de deux mois, avec sa santé mentale déclinante, ne déborde pas d’optimisme quant à son avenir.

Pourtant, ce ne sont pas les textes légaux qui manquent …

La Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CDE) en son article premier, stipule que, « un enfant s’entend de tout être humain âgé de moins de 18 ans, sauf si la majorité est atteinte plus tôt, en vertu de la législation qui lui est applicable ». Quant à la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant (CADE), en son article 2, indique que l’« on entend par « enfant » tout être humain âgé de moins de 18 ans ».

Pour ce qui est de la justice, l’article 40 de la CDE précise que « Les États parties reconnaissent à tout enfant suspecté, accusé ou convaincu d’infraction à la loi pénale, le droit à un traitement qui soit de nature à favoriser son sens de la dignité et de la valeur personnelle, qui renforce son respect pour les droits de l’homme et les libertés fondamentales d’autrui, et qui tienne compte de son âge ainsi que de la nécessité de faciliter sa réintégration dans la société, et de lui faire assumer un rôle constructif au sein de celle-ci ».

Le texte poursuit en ajoutant le droit pour le mineur « à bénéficier d’une assistance juridique ou de toute autre assistance appropriée pour la préparation et la présentation de sa défense. » Et la CADE, dans son article 4, affirme que « Dans toute action concernant un enfant, entreprise par une quelconque personne ou autorité, l’intérêt supérieur de l’enfant sera la considération primordiale. »

Bien que des textes soient minutieusement élaborés, ce n’est pas pour autant que les mineurs sont dans le confort juridique. Pour la FENADEB, la justice des enfants devrait commencer par le respect de leurs droits les plus fondamentaux, comme le droit à l’enregistrement, le droit à la santé, et le droit à la bonne éducation.  

La genèse de la Journée de l’enfant africain Elle est organisée chaque année depuis le 16 juin 1991 par l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), qui deviendra plus tard l’Union Africaine (UA). Elle a été instaurée en souvenir du massacre des centaines d’enfants lors d’une marche pour leurs droits à Soweto (Afrique du Sud), sous le régime de l’apartheid le 16 juin 1976. La cause des manifestations qui ont coûté la vie des enfants à cette occasion était de protester contre l’introduction de l’Afrikaans comme langue officielle d’enseignement à égalité avec l’Anglais dans les écoles locales. Pour disperser la foule, la police tira à balles réelles, causant au moins 23 morts. Autour de 20 000 élèves ont participé à ces manifestations, et entre 176 et 700 personnes, ont été tuées lors de la répression menée par les forces de police qui s’en est suivie. Le 16 juin est devenu depuis 1994 un jour férié en Afrique du Sud.

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