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Economie

[Réaction] Le contexte, toujours le contexte

Notre récent article sur le chômage au Burundi a entraîné des vives réactions sur la toile. L’une d’entre elles : « A moins qu’on ne capte pas de la même manière le sens propre du mot chômage ». L’occasion pour Michel Armel Ndayikeza, enseignant-chercheur à l’Université du Burundi, de rappeler, poliment, que dans l’actualité, tout comme dans l’analyse des phénomènes qui touchent la société, il est souvent, voire toujours, question de contexte.

Lorsque Jimbere a récemment publié un article sur la problématique du chômage et du sous-emploi au Burundi, les réactions des internautes ont été vite agressives, mais tout en étant acérées. Ce qui a énervé plusieurs lecteurs, c’est que tour à tour, l’Isteebu, le Curdes, et en fin le medium, ont parlé d’un taux de chômage de seulement 1,9% au Burundi (en 2014).

En effet, dans sa définition la plus élémentaire, le chômage est un état d’une personne en âge de travailler, qui veut travailler, mais qui ne trouve pas de travail. C’est cette définition simple qui est donnée à l’étudiant qui prend son cours premier cours de macroéconomie. Et c’est à peu près aussi cela qui vient à l’esprit du Burundais lambda lorsqu’on lui parle de chômage.

Mais, paradoxalement, les faibles chiffres du « chômage » qui circulent au Burundi, et généralement dans les pays à faible revenu, portent un aspect trompeur qui est irritant, voire dangereux. Les économistes et statisticiens derrière cet obscurcissement arguent que la problématique du chômage dans les pays en voie de développement serait mieux cernée par le concept de sous-emploi, et non du chômage.

Et pourtant …

En fait, tout commence à se compliquer lorsqu’on cherche à donner un sens précis aux mots composant la définition simple du chômage. Un jeune de 14 ans est-il en âge de travailler ? L’étudiant sur le banc de l’université veut-il travailler ? Le diplômé de master qui touche un petit salaire de 200 000 Fbu par mois, est-il chômeur ou pas ? Le serveur qui ne travaille que les week-ends, l’est-il autant ? Et ainsi de suite.

Pour répondre à ces deux dernières questions, l’OIT (Organisation internationale du travail), a introduit le concept de sous-emploi en 1957, afin de prendre en compte les situations d’emploi inadéquat, inadéquat parce qu’une personne est trop peu rémunérée, ou bien parce qu’elle ne travaille pas suffisamment longtemps. Au Burundi, ce sous-emploi, tenant donc compte des situations d’emploi ardues, est estimé à 64,3% (en 2014).

Mais, encore, le terme de sous-emploi est un jargon académique, et tout simplement pédant pour le public. Il n’a d’ailleurs pas de traduction en kirundi. S’il faut parler de chômage, et il faut en parler, on se doit de lui trouver une définition qui correspond à l’objectif que notre société veut atteindre, plutôt que de faire circuler des interprétations étrangères qui, dans notre contexte, sont vides de sens, et surtout n’interpellent pas nos décideurs. Le contexte, toujours le contexte …

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