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Education

Le redéploiement: une solution pour engendrer mille autres problèmes?

Alors que le Burundi célèbre la Journée internationale de l’enseignant, la question de leur redéploiement à travers le pays pose toujours problème

« Quiconque veut comprendre ce que signifie le stress au travail, n’a qu’à approcher un enseignant redéployé. » Benjamin ouvre le débat, le regard ailleurs, en souvenir sans doute des durs moments vécus à Bubanza. L’année dernière, plus de 4.800 familles ont goûté à ce calice, comme l’indiquent les chiffres de la commission de redéploiement du Ministère en charge de l’Education.

Si l’objectif du programme gouvernemental, de « mieux repartir les enseignants du fondamental et du post fondamental sur la carte scolaire afin d’assurer une répartition plus équitable et une gestion plus rationnelle des ressources humaines », est louable, ce sont les conditions de son exécution qui pausent problème.

Originaire de la mairie, vers la cinquantaine, Benjamin se rappelle: «Vers la fin des grandes vacances, j’ai été informé que j’allais être redéployé l’année scolaire. C’était un choc dans ma tête. Comment allions-nous gérer deux foyers, avec le maigre salaire d’enseignant réduit par le taux prélevé à la source pour le crédit contracté à la banque? Vivant en maison de location, en construction de notre parcelle et avec trois enfants en scolarité privée, l’équation dépassait mon entendement ».

« Un redéployé ne travaille pas, il fait semblant »

Avec un maigre salaire (autour de 140.000 Fbu, soit 75$) et un travail qui ne lui permet pas d’entreprendre d’autres projets générateurs de revenus, l’enseignant burundais vit un stress financier continu. Hacimana Alexis, pédagogue, nous fait un bref aperçu de sa situation: «Après les heures de travail, les autres fonctionnaires laissent la paperasse au bureau, et vont entreprendre autre chose pour arrondir les fins de mois. Pour l’enseignant, ce temps est dédié à la préparation des leçons du lendemain. Une fois redéployé, ce maigre salaire est divisé en deux. Pas de vocabulaire pour décrire ce que vit et ressent un enseignant redéployé ».

Et Benjamin Kabuyenge de lui donner raison: « Après environ 20 ans de carrière, le redéploiement m’a fait perdre l’amour que j’avais pour ce travail. Quand je m’allongeais sur le lit, le temps de faire une pause dans ma préparation de la leçon du lendemain, les problèmes auxquels ma femme faisait face seule faisaient irruption dans ma tête, et ce travail que j’ai toujours aimé, me dégoûtait. Je me sentais diminué ».

Élève ou progéniture du redéployé, l’enfant est celui qui est le plus touché: « Pendant les deux ans que j’ai passées à Bubanza, rares ont été les fois où je me sentais vraiment dans la peau d’un enseignant. Je faisais semblant d’enseigner car mes soucis à la maison me dépassaient pour pouvoir me concentrer. Mes élèves ont été victime de ma condition », s’en veut Benjamin.

Et Nandy Olga, fille d’une enseignante redéployée de nous narrer ce qu’elle vit: « Aînée de la famille, je suis devenue responsable de mes cinq frères et sœurs à 17 ans. Les premiers jours du départ de maman, mon père s’assurait de notre éducation. Dépassé par les besoins de la famille, il a été obligé de travailler même le soir. Il rentre après 23h. Au début de chaque mois, nous nous attendons à une semaine d’absence en classe, faute de minerval. Là on ne parle plus d’autres besoins vitaux, désormais devenu un luxe pour nous, comme par exemple se vêtir ».

Quel remède alors ?

Selon Emmanuel Mashandari, le président du syndicat Conapes, le redéploiement n’a pas sa raison d’être: « Il y a des cas où le redéploiement s’est révélé non-nécessaire. Car la DPE, qui avait connu des départs, a été contrainte de recruter de nouveaux enseignants. Mais si une fois le redéploiement s’avère incontournable, les responsables devraient penser à une indemnisation du redéployé. Ailleurs, on octroie l’indemnité d’éloignement et /ou de tristesse » plaide-t-il.

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