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Société

Le refus de paternité, ce drame social qu’on ignore

Au Burundi, certains enfants sont rejetés par leurs géniteurs à la naissance. D’autres sont abandonnés dans les poubelles, voire tués parce que leurs « pères » refusent d’assumer la paternité. En grandissant, les plus chanceux sont une honte au lieu d’être une bénédiction. Le point avec Dr Désiré Manirakiza, enseignant de sociologie à l’Université du Burundi.

Jimbere ː Peut-on trouver dans la société burundaise des causes qui expliquent ce refus observé chez certains auteurs de grossesse d’assumer leur responsabilité ?

Manirakiza : Il m’est difficile de répondre à cette question, en partie, parce que je suis sociologue et non anthropologue. Mais, je dirais que le phénomène de refus de paternité n’est pas propre au Burundi. Il se donne à voir dans toutes les sociétés.

Jimbere ː Qu’est-ce qui pousse un homme à refuser la paternité de son propre enfant ou bien d’être l’auteur d’une grossesse ?

Manirakiza ː L’explication est que de plus en plus, mariage, sexualité et engendrement sont dissociés. De façon générale, lorsque les parents sont en couple, officiellement (que ce soit sur le plan civil ou coutumier), la question de refus de paternité ne se pose pas. La question surgit dès lors que l’enfant est né dans des situations où l’acte de procréation s’est posé durant des moments ludiques. Or, nous sommes dans une société qui, anthropologiquement, criminalise le rapport sexuel avant le mariage et l’enfant hors mariage. « L’igitwarire ou bâtard » symbolise la honte, parce qu’il est l’indicateur de la transgression, de la violation d’un interdit. De deux personnes impliquées dans sa venue au monde, le seul qui peut se soustraire de sa responsabilité, c’est l’homme ; parce qu’il ne porte pas la grossesse. On peut même faire l’hypothèse que si les hommes tombaient enceinte, les femmes auraient certainement le même comportement. Le nombre d’enfants qui sont abandonnés par leurs génitrices, au-delà de la plus théorique justification financière, se justifie par cette tentative d’échapper à la honte sociale liée au fait d’avoir fait un enfant hors mariage.

Jimbere ː D’autres causes à part la honte ?

Manirakiza : Effectivement. Le déficit de confiance qui caractérise certains couples de jeunes gens actuellement. Les questions du genre : es-tu sûre qu’il est de moi ? Qu’est-ce qui prouve que je sois le seul qui ai été en intimité avec toi ? Tu n’étais plus vierge, donc, je suis passé par là où tous les autres sont passés, etc. sont là pour montrer que c’est dans un contexte d’érosion de la confiance que surgit le refus de la paternité.

Jimbere : Quid des effets sur le comportement de ces enfants ?

Manirakiza : Avoir une filiation, c’est avoir un nom et avoir un nom, c’est avoir une identité. Il est important pour chaque enfant d’avoir une identité, d’avoir des modèles. Donc, les enfants dont les parents ont refusé d’assumer la paternité souffrent énormément avec des conséquences sociales énormes. Même si elles sont générales, au sens où l’absence d’un père peut avoir des répercussions identiques pour tous les enfants (y compris ceux dont les parents sont légalement unis, ndlr), ces conséquences ont quelque chose de genrée. Chez le garçon, par exemple, le fait de grandir sachant que son père a refusé de le reconnaître peut le pousser à développer une insensibilité à l’égard des gens qui vivent la même situation, ou le pousser à reproduire le même modèle, plus tard. Mais, pour d’autres garçons, cette situation peut servir de cadre pédagogique, c’est-à-dire que les enfants ayant souffert de cet abandon peuvent, en grandissant, se jurer de ne jamais faire subir la même chose à leurs « enfants ». Chez la fille, ces conséquences peuvent se traduire dans la peur de l’être masculin, qui à ses yeux, symbolise la trahison. Mais, je pense que les conséquences les plus dramatiques sont à rechercher sur le plan psychologique.

Jimbere ː Comment décourager ce comportement ?

Manirakiza : Le sociologue que je suis ne peut pas préconiser une autre solution que celle juridique. A défaut de faire une sensibilisation et/ou d’appeler les gens à l’abstinence avant le mariage ou à l’utilisation des contraceptifs, la seule solution capable de dissuader ce type de comportement, c’est d’instituer des tests de paternité, parce que, comme on a coutume de le dire, « le sang ne ment pas ».

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