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Les stages académiques, un passage semé d’embûches

Difficulté d’avoir un établissement où effectuer son stage académique, manque de frais y relatif, absence de suivi et évaluation, les défis sont nombreux… Coup de projecteur.

Habimana Raïssa Claire, lauréate de l’école normale supérieure, n’y va pas par quatre chemins. Décrocher un stage au Burundi s’apparente au parcours du combattant : « J’ai fait le tour des entreprises pendant 2 mois à la quête d’un établissement pouvant m’accueillir dans le cadre de mon stage académique sans succès. »

C’est à son 9ème dépôt de lettre qu’elle a enfin été reçue, poursuit-elle. Le pire dans cette situation, s’insurge cette étudiante, c’est que décrocher un stage dépend souvent du favoritisme que de mérite : « Si tu n’as aucune connaissance, et bien tu n’es reçu nulle part. »

Et pourtant l’octroi d’un stage académique aux étudiants est une obligation sociale prévue par la loi au Burundi. L’article 21 de la loi du 29 octobre dernier qui régit l’enseignement supérieur est clair : « Tout lieu de travail formel établi sur le territoire national constitue un lieu de stage et d’apprentissage pour les étudiants. Les entreprises publiques et privées et leurs associations ou groupements, les ordres professionnels, les syndicats des travailleurs sont tenus de collaborer pour l’accueil et l’encadrement des stagiaires. » Bien plus,la pertinence de ces stages académiques n’est plus à démontrer : ils constituent une occasion pour une bonne intégration dans le milieu professionnel.

En plus de cet accès visiblement réservé aux favorisés, la procédure est semée d’autres embûches comme les conditions difficiles dans lesquelles Raïssa va effectuer son stage : « Je n’ai jamais vu le responsable de la section dans laquelle je suis censé travailler et pourtant mon stage touche à sa fin. »

Une expérience de plus en plus dépourvue d’intérêt

L’ironie de la blague, continue Raïssa, c’est qu’il y a une fiche d’évaluation de stage que ce responsable est censé remplir, ce qu’il fera bien avec toutes les mentions d’excellence possibles alors qu’elle a passé un mois à rien faire, regrette-t-elle. Pire, ceux qui sont censés l’aider lui mettent les bâtons dans les roues, en lui refusant par exemple de manipuler certains matériels, arguant qu’ils pourraient tomber en panne. 

Edmond Nshimirimana qui effectue son stage de fin d’études universitaires dans une boite d’assurance ici à Bujumbura, abonde dans le meme sens ː « Lors de notre début de stage, on a été accueilli par le secrétaire qui nous a montré la salle de réunion comme notre lieu de travail. Depuis, on ne fait que s’asseoir, on vient quand on veut, et on rentre quand on veut. »

Et d’indiquer que c’est dommage parce qu’un stage devrait leur permettre de s’intégrer dans le milieu de l’emploi, en développant des compétences acquises sur le banc de l’école : « Sinon c’est une bonne blague bien onéreuse. »

Emery Niyonkuru, ancien de l’Ecole Normale Supérieure (ENS) fustige, de son côté, le comportement de certains enseignants d’universités, encadreurs de stageː « Un bon encadreur de stage académique se devrait d’être à l’écoute et patient envers son étudiant. Certains encadreurs ne suivent même pas régulièrement l’étudiant dans son stage. »

A côté de ces grognes de manque de suivi, se pose aussi avec pertinence, la problématique des frais de stage. Alors qu’à l’université du Burundi et l’ENS des étudiants ne paient pas des frais de stage, dans les universités privées, les étudiants doivent payer jusqu’à 300 mille Fbu. Edmond Nshimirimana se demande l’intérêt de verser tout cet argent pour des stages si, en fin de compte, le stagiaire n’y apprend rien.

Appel à la mobilisation

M.E, enseignant à l’ENS estime, sous couvert d’anonymat, que pour qu’un stage académique puisse constituer une expérience enrichissante et bénéfique à l’étudiant, il est obligatoire de définir clairement, au préalable, les objectifs du stage : « Il est primordial de se questionner comment le stage s’inscrit dans le parcours de formation ou d’employabilité du stagiaire et en quoi le stagiaire peut y contribuer de la manière la plus efficiente possible. »

Pour lui, la non-identification des objectifs du stage dans l’enseignement burundais est l’une des raisons pour lesquelles les stages sont réduits à un passage obligé et rien de plus. Les rôles et responsabilités assignés au stagiaire durant son stage doivent également permettre l’atteinte des objectifs du stage et viser à améliorer son employabilité, assure-t-il.

Selon cet enseignant d’université, le stage académique devrait être considéré à sa juste valeur et occuper de plus en plus de place dans les cursus académiques et dans les parcours en employabilité au Burundi, afin de faciliter les transitions vers le marché du travail pour les jeunes.

De ce fait, il recommande aux universités, partenaires du marché du travail et autorités gouvernementales concernées à se mobiliser pour développer et maintenir des programmes de stage de grande qualité : « Des bons programmes de stage ne peuvent voir le jour que si le financement public permet aux établissements d’enseignement, aux organismes en employabilité, aux entreprises et aux stagiaires d’y consacrer les énergies nécessaires pour que l’expérience soit bénéfique pour tous. »

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