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Le « test » de tous les dangers

Le Ministère de l’Education Nationale et de la Recherche Scientifique planifiait de faire passer un test de recyclage des enseignants des 3 premiers cycles du fondamental. En réponse, la coalition des syndicats des Enseignants (Cosesona) a refusé, menaçant d’observer un mouvement de grève. Le Comité National de Dialogue Social (CNDS) a joué le facilitateur pour éviter le pire. Mais pour combien de temps…Retour sur l’évènement qui a tenu en haleine le monde éducatif, les avis des uns et des autres et quelques pistes pour sortir la tête de l’eau.

Les évènements se sont accélérés avec la conférence de presse de la Cosesona du 14 janvier dernier en réponse à un communiqué relatif à une correspondance portant sur les modalités d’organisation du test de recyclage aux enseignants adressés aux Directeurs Provinciaux de l’Education de la veille, c’est-à-dire 13 janvier. Au cours de cette conférence, la Cosesona a exprimé l’intention de lancer un préavis de grève si ledit test reste maintenu.

Mais bien avant, le 6 janvier 2021, les syndicalistes réunis dans les 10 collectivités avaient sorti un mémorandum adressé au ministère de l’Éducation Nationale et de la Recherche Scientifique et au ministre de la Fonction Publique, du Travail et de l’Emploi dans lequel ils évoquaient les causes de la détérioration de la qualité de l’enseignement autres que leurs capacités à savoir les multiples défis du système éducatif burundais et la lenteur observée dans la mise en œuvre de la politique salariale. 

En amont de ce mémorandum, ces syndicalistes avaient fustigé le comportement du ministère en charge de l’Education qu’ils accusent de prendre des mesures intempestives à leur égard qui ne font que culpabiliser l’enseignant comme si la détérioration de la qualité de l’enseignement Burundais lui serait uniquement imputable. En outre, ils  dénonçaient des mesures incessantes prises sur le système éducatif sans leur implication effective. 

Divergences des vues

En effet, ces syndicalistes ont démontré, statut général des fonctionnaires à l’appui, que la mesure d’organiser un test de niveau à l’endroit des enseignants des trois premiers cycles va à l’encontre dudit statut. Ils ont ainsi mis en question l’efficacité, la pertinence, la finalité et la transparence de ce test de niveau alors que le reste des fonctionnaires de l’État n’est pas soumis à de telles conditions lorsqu’il s’agit d’évaluer leur perfectionnement. Pour eux, cela constitue une injustice à l’égard de l’enseignant et porte préjudice à sa moralité et à son professionnalisme. 

Pourtant, selon  le même communiqué dudit Ministère, le test aurait un objectif principal de « détecter les forces et les faiblesses de chaque enseignant  par matière ». Le recyclage des enseignants serait aussi « une activité prévue dans le plan d’actions annuel du gouvernement et qui vise à promouvoir les compétences. » 

Selon  le même communiqué, cette décision ne serait pas nouvelle au Burundi puisqu’en 2019, une autre évaluation de la sorte avait été faite via le Programme d’Analyse des Systèmes Educatifs de la CONFEMEN (PASEC). Il a aussi été rappelé que le test ne faisait pas objet du renvoi des enseignants de la Fonction Publique qui auront une mauvaise note ou de dévaloriser les enseignants. Par contre, ce test permettrait de cerner des modules susceptibles  de remédier aux faiblesses constatées.

Ceci étant, les syndicalistes ont bien avancé que d’autres questions devraient être résolues notamment les effectifs pléthoriques de classes, l’insuffisance des supports pédagogiques, des équipements, l’absence des laboratoires, bibliothèques, la question concernant la politique salariale équitable,etc qui handicapent leur exercice quotidien.

CNDS dans le rôle du facilitateur

Sous la facilitation du Comité National de Dialogue Social (CNDS) présidé par l’ex-Chef d’Etat Sylvestre Ntibantunganya, les deux parties ont tenu un dialogue ce mardi 17 janvier 2022.  Les syndicats affiliés à la Cosesona et le Ministère de l’Education Nationale et de la Recherche Scientifique ont accepté de surseoir à leurs décisions précédemment prises en suspendant le  test et la grève afin de mener des négociations franches et sincères en vue d’aboutir à des solutions aux problèmes posés.

Cette décision provisoire a été materialisée par une signature conjointe, ce 18 janvier, entre les deux parties et le CNDS, devant une vingtaine des journalistes. Parfait Nkezabahizi, Conseiller technique au niveau du CNDS, a indiqué par ailleurs que celui-ci va s’engager à mener des contacts le plus rapidement possible avec le Gouvernement et les syndicats pour trouver des solutions à la problématique de la politique salariale.

Malgré les plaintes des enseignants, des solutions provisoires seraient envisageables. Pour l’Abbé Aristide Ndyabuheze, secrétaire général du bureau national de l’Education catholique BNEC en sigle, les directions des écoles ont adopté un projet d’éducation. Ainsi, les enseignants pourront perfectionner leurs connaissances par des recherches et les élèves auront le droit de signaler une mauvaise attitude de leur enseignant comme il se passe dans les écoles sous convention catholiques membres de la  BNEC.

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