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Le travail des enfants en ligne de mire de l’OBR

Des milliers d’enfants sont dépossédés de leurs droits pour devenir des « travailleurs » au vu et au su de tout le monde au Burundi. Pourtant, la loi burundaise interdit le travail des enfants. L’OBR a décidé de prendre le taureau par les cornes et agir afin de mettre fin à cette forme d’exploitation. Gros Plan

« L’âge de travail est fixé à 16 ans au Burundi. »  Article 10 du Code de Travail du Burundi. Et pourtant, le phénomène de travail des enfants n’est pas nouveau. Il s’empire du jour au jour. 

Cette fois-ci, c’est l’Office Burundais des Recettes qui hausse le ton : « Face à la situation actuelle, nous nous retrouvons dans l’obligation de nous lever, d’agir pour sévir et mettre fin à cette forme d’exploitation les enfants en leur faisant faire des activités de commerce et qui met en péril leur croissance et leur épanouissement », c’était ce 17 août, lors de la rencontre de l’OBR avec les intervenants dans le domaine de la protection des droits des enfants. Laquelle rencontre visait la sensibilisation dans la lutte contre le travail des enfants utilisés dans le commerce informel, la fraude et la contrebande. 

Et pour cause : un document exposé lors de cet atelier de sensibilisation organisé dévoilait que des enfants de moins de 16 ans sont fréquemment arrêtés par les agents de la douane de l’OBR à Kobero, transportant depuis la Tanzanie des marchandises en catimini sous le compte des personnes adultes.

Une main d’œuvre au rabais

Des moins de 16 ans qui travaillent on en trouve partout parce que les gens sont friands de cette main d’œuvre à bas prix. On les trouve dans les ménages comme domestiques, dans les activités de portefaix, dans les chantiers, dans la pêche, dans le commerce informel, vendeurs ambulants des œufs, arachides…ils sont partout et surtout dans les milieux urbains ou ils se dispersent dans les différents coins venus pour la plupart des milieux ruraux à la quête d’un travail. Ils sont embauchés pour multiples et diverses tâches pour des rémunérations parfois viles. De surcroît, ces enfants sont souvent maltraités, rudoyés, insultés dans leur milieu de travail.

Anne Kampimbare, une maman rencontrée au centre-ville de Bujumbura n’y va pas par quatre chemins : « Je préfère employer ces petits parce que contrairement à leurs aînés qui ont des femmes et des enfants, eux réclament rarement de retourner à la campagne pour revoir leurs familles. »

La pauvreté en filigrane 

En amont de ce phénomène se trouve surtout la pauvreté qui sévit dans les familles. C’est l’histoire d’Eric, 15ans, travaillant comme domestique dans un ménage en Mairie de Bujumbura. Il a quitté la campagne avec ses deux amis pour rejoindre la ville. Ils sont arrivés à bord d’un véhicule qui transporte de la bière de banane de Ngozi, leur province natale vers la capitale économique. Pour cause de manque de boulot, petits qu’ils étaient, le plus âgé ayant 14ans, ils se sont mis à mendier, passant des nuits à la belle étoile avant que chacun trouve un boulot : « Nos raisons de migrer vers la ville sont diversifiées, André qui travaille dans un restaurant a dû quitter l’école suite à ses 3 redoublements dans une même classe, Serges qui fait le commerce ambulant d’arachides a fui son logis natal suite à des mésententes parentales et moi qui n’a pas eu l’occasion d’embrasser la scolarité à cause de la pauvreté familiale, j’ai choisi de venir boulonner en ville pour survivre », révèle Eric qui doit travailler comme un forçat pour 18000 FBU/mois.

Le temps de mettre fin à cette forme d’exploitation

Au cours de la rencontre de l’OBR, les participants ont unanimement déploré cette exploitation des enfants qui bafoue leurs droits…), un état de fait qui cache mal une réalité : la pauvreté dans les familles. Pire encore, certains enfants sont employés dans la fraude et la contrebande dans le seul souci de survivre et faire vivre leurs familles.

Le code du travail du Burundi dans l’article 10, 11, 12, interdit de faire effectuer, par un enfant, un travail disproportionné, à ses capacités avant 16 ans sauf pour l’article 278 qui fixe l’âge minimal de 14 ans en cas d’apprentissage et l’accomplissement des travaux légers et salubres.

Félix Sindayigaya, coordinateur national de l’Observatoire Ineza des Droits de l’Enfant au Burundi (OIDEB), déplore l’indifférence face à cette situation pénible : « Il y a ceux qui jusqu’aujourd’hui ne savent pas qu’il est interdit d’employer les mineurs ». Il indique également que la mise en application des sanctions prévues par la loi contre ceux qui exploitent les enfants est essentielle.

Selon l’Organisation Internationale du Travail OIT, le travail des enfants regroupe l’ensemble des activités qui privent les enfants de leur enfance, de leur potentiel et de leur dignité, et nuisent à leur scolarité, santé, développement physique et mentale.

Un article rédigé par Adiel Bashirahishize dans le cadre du stage au sein du Magazine Jimbere comme un ancien du programme « Enfants journalistes » de l’UNICEF Burundi.

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